Heureux hasard

d266569a-5538-4a08-97b7-9253f7931c9d

Il m’arrive de participer à des concours d’écriture de nouvelles. J’aime le défi que cela représente. Je n’ai jamais gagné jusqu’ici mais je ne désespère pas. Vous savez comme j’aime écrire! Je partage donc avec vous une nouvelle qui j’ai écrite l’an passé. J’espère que vous l’aimerez. Bonne lecture!

 

Heureux hasard

Quand je vais à Québec, je ne peux m’empêcher de m’arrêter à la librairie Une Page à la fois. Cet endroit m’attire comme le sucre attire les abeilles. À chaque visite, je suis fébrile à l’idée de rencontrer Madame Théorêt que j’appelle affectueusement « Madame Bonheur ». Elle est si attentive aux besoins de ses clients. Comment ne pas aimer sa chevelure argentée et ses yeux pétillants quand elle nous parle de ses nouveautés? Un petit mot bienveillant attend chaque client qui franchit le seuil de sa porte. Cette librairie existe depuis des décennies et la propriétaire se plaît à dire qu’elle est tombée en amour avec l’emplacement dès qu’elle l’a vu. Située sur la rue de la Couronne en plein cœur de la basse-ville, elle fait partie intégrante du rythme de la vie qui s’écoule dans ce quartier. Madame Bonheur nous transmet sa passion pour la lecture. On sent bien que pour elle c’est toute sa vie qui tient dans cet endroit.

C’est durant une de mes visites de la basse-ville que j’ai découvert ce lieu enchanté. De l’extérieur, la vitrine était quelconque et n’affichait rien de particulier. En m’approchant, j’ai toutefois été attirée par une paire de lunettes et un vieux manuscrit qui trônaient parmi les livres exposés. Intriguée, je suis entrée. Une vieille dame était à la caisse. Elle m’a regardée avec un sourire invitant les confidences. Je lui ai demandé à qui appartenaient les objets en vitrine et quelle était leur histoire. C’est alors qu’elle me raconta comment son grand-père avait parcouru le monde et avait tenté d’écrire ses mémoires. N’ayant jamais fait l’objet d’une publication, elle lui rendait ainsi hommage en exposant ses items. Son grand-père me dira-t-elle, a peuplé son enfance de récits d’aventures fantastiques. Ce n’est d’ailleurs que dans les livres qu’elle a pu retrouver ce sentiment d’engouement que lui procuraient les péripéties de son aïeul.

Après notre conversation, Madame Théorêt m’invite à visiter sa librairie. Dès que mes yeux explorent l’endroit, je suis tentée de me mettre à courir comme un enfant dans un magasin de bonbons. Au lieu de cela, je règle la vitesse de mon fauteuil roulant en mode « tortue » de façon à savourer pleinement les odeurs que me transmettent les livres nouvellement imprimés. Et me voilà partie à l’aventure, découvrant les rayons et me demandant quel livre j’achèterai aujourd’hui. Me laisserai-je tenter par une page couverture aux multiples couleurs ou peut-être par les recommandations que me fera ma libraire nouvellement rencontrée?

Ce qu’il y a de merveilleux dans cette libraire c’est avant tout, ses allées dégagées qui me permettent de circuler aisément en fauteuil roulant. Je n’ai pas à m’inquiéter d’accrocher des choses ou d’écraser les pieds des autres clients. Je peux y flâner à mon aise. Elle n’est pas semblable à ces librairies des grandes chaînes où l’on cherche les commis et où tout est si impersonnel. Que non ! Cette librairie est unique! Elle a du caractère. Madame Bonheur a même pensé à aménager des tables amovibles permettant à une personne en fauteuil roulant de s’installer confortablement pour feuilleter les livres. Elle s’est donné à fond pour rendre l’endroit coquet et singulier. On s’y sent chez soi avec ses belles bergères et ses cousins aux couleurs de la mer. Rares sont les havres de paix pour les personnes à mobilité réduite. Je pourrais facilement y passer la journée tant l’endroit me plaît.

Pour une personne ayant des limitations physiques, les livres sont des oasis de bonheur. L’évasion parfaite pour me libérer de mon corps devenu si lourd. C’est à partir de cet endroit exclusif que j’accède au plus beau des voyages et que mon imaginaire laisse place à un monde sans contraintes et limites. Mon quotidien n’est pas toujours facile et c’est lorsque mon moral est au plus bas que je me « paye » une petite virée à Québec.

Une Page à la fois m’ensorcelle et m’entraîne dans sa belle folie de vivre pleinement l’instant présent. Éloge à la lenteur et à la culture, l’instant où tout s’arrête et où j’oublie ma condition.

Lors de ma dernière visite, la propriétaire me confie que son fameux grand-père avant son décès, était atteint de la sclérose latérale amyotrophique (SLA). Dans les dernières années de sa vie, il avait besoin d’une assistance continuelle et ne se déplaçait qu’en fauteuil roulant. Il était complètement paralysé mais son cerveau fonctionnait parfaitement, fourmillant d’idées et en ébullition jusqu’à la fin de sa vie. «Une cruelle maladie a emporté ce grand-père que j’aimais tant», me dit-elle. C’est alors que je comprends, que tout se met en place. Je saisis maintenant ce qui me lie à ce lieu et sa propriétaire et pourquoi je suis habitée de ce sentiment de réconfort lors de mes passages. Je suis abasourdie par cette confidence. Une vague d’émotions me happe et les larmes inondent mes yeux. Aussitôt que ma voix me le permet, je la regarde intensément et je lui murmure avec difficulté : «Moi aussi, j’ai la SLA».

Chantal Lanthier

**** Si vous aimez mes chroniques, abonnez-vous! C’est simple, vous n’avez qu’à entrer votre adresse courriel dans la section noire au bas de cette page****

Remonter le temps

Si nous possédions la capacité de retourner en arrière, dans le passé, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez changer? Un geste inadéquat, une parole échappée trop tôt, une décision prise sous le coup de l’émotion. Avez-vous l’impression que votre vie aurait pu être différente si vous pouviez revenir sur les choix que vous avez pris jadis? Est-ce qu’il suffit de changer une toute petite chose, même la plus insignifiante à nos yeux pour que tout se transforme ? Et si nous avions croisé d’autres personnes sur notre route ? Des questions comme ça j’en aurais des tas…

J’ai dernièrement regardé un film dont le titre est «À travers le temps» qui relatait la vie d’un jeune homme qui avait la capacité de corriger les situations du passé pendant lesquelles il s’était mis dans l’embarras. Il s’en servait pour attirer la femme de ses rêves, pour ses relations avec ses patrons et même pour mieux performer au lit et s’assurer de satisfaire sa partenaire. À force d’essais et d’erreurs à recommencer les situations de sa vie qu’il voulait parfaites, il en vient à écouter davantage les autres, à être à l’écoute de leurs besoins, à prendre conscience des facteurs qui influencent ses comportements et à réaliser que, dans la vie, il n’y a pas d’échecs; seulement des expériences. Après chaque «correction», il prend confiance en lui et en ses capacités de mener à bien chaque situation. Posséder ce privilège n’est toutefois pas évident. Il réalise, assez tôt, que ses choix ont une incidence sur son avenir. L’impact qu’impose chacune de ses décisions se fait également sentir chez son entourage. Il prend finalement conscience que rien n’est mieux que de vivre l’instant présent.

La série Plan B, produite par Louis Morissette, exploite aussi ce concept. Un homme a la possibilité de revenir en arrière pour corriger certains aspects du passé, mais est vite rattrapé par son karma. Je n’ai pas pu m’empêcher de faire le parallèle avec ma propre vie. Je me suis parfois demandé comment se serait passé ma vieillesse sans la SLA…. mais je n’ai jamais poussé ma réflexion plus loin. Je savais pertinamment que les « si » ne me mèneraient à rien. Il est normal de jongler avec les « si » quand on vit un événement bouleversant, mais à un certain moment, il faut prendre conscience que les hypothèses ne garantissent aucunement que les choses auraient été meilleures si elles avaient été différentes.

Si je possèdais le don de remonter le temps, je l’utiliserais pour revivre des moments de bonheur partagés avec ceux que j’aime. Revivre les joies de mon enfance ou encore le moment où j’ai pu prendre dans mes bras, pour la première fois, ma fille Maya. Tous ces moments pendant lesquels on souhaite que le temps s’arrête. J’aimerais aussi passer du temps avec ma maman qui est décédée abruptement en 2004. Et aussi profiter de la pleine liberté de mon corps, prendre de belles marches et pousser la ritournelle, jaser jusqu’aux petites heures du matin avec mes chums de filles et faire l’amour sans contraintes physiques à mon Jocelyn. Remonter dans le temps consiste finalement à une recherche profonde du sens de notre existence. J’en profiterais aussi pour faire quelques corrections qui ont marqué l’histoire en ne permettant pas à Adolph Hitler de naître et en abolissant les génocides et les guerres.

Avec le recul et un minimum de réflexion, je me dis que finalement les choses sont merveilleuses telles qu’elles sont. Ces choix que j’ai fait, les erreurs que j’ai pu commettre, les choses qui me sont arrivées, font de moi ce que je suis aujourd’hui. Je me dis souvent que les choses arrivent pour une raison, une raison qui ne dépend pas forcément de notre volonté. Si quelque chose arrive, c’est que ça devait arriver. Si je n’ai pas obtenu une chose, c’est que je ne devais pas l’avoir, ou que ce n’était pas le bon moment et que je l’aurais peut être plus tard. Rien n’arrive par hasard.

Et là, quand je regarde ma vie, je me dis que tout est à sa place. Évidemment, j’aurais aimé ne pas avoir la SLA mais aurais-je écris un livre autrement? Aurais-je savouré autant le bonheur que m’apporte le fait d’être encore en vie? Permettez-moi d’en douter. Lorsque je regarde autour de moi et que je vois mon jardin décoré de jolis fleurs, que j’hume les pivoines proches de ma terrasse, que j’entends les oiseaux chanter, que je pense à ma famille et à mes amis, à toute cette liberté qu’il nous est permis de vivre dans ce pays, je me dis que j’ai quand même une belle vie, que je ne changerais rien, rien du tout. J’ai de la chance d’être là où je suis….. même avec la SLA.

Et si la vraie recette du bonheur consistait à accepter la vie de tous les jours et de la vivre un jour à la fois. Voir la vie non pas avec toutes les tensions et préoccupations qui nous empêchent de voir comment le monde est merveilleux mais bien en ressentant sa beauté. Le voir vraiment en savourant chaque instant qui défile, le voir en goûtant à chaque parcelle. Vivre chaque jour comme si c’était le dernier jour complet de notre extraordinaire vie, ordinaire.

Nous voyageons tous dans le temps, ensemble, chaque jour de nos vies. Nous ne pouvons faire que notre mieux pour savourer ce remarquable voyage. Ainsi va la vie!

Chantal Lanthier

**** Si vous aimez mes chroniques, abonnez-vous! C’est simple, vous n’avez qu’à entrer votre adresse courriel dans la section noire au bas de cette page****

Privilégier l’humain avant tout

Récemment, le père de mon ami Claude est décédé. Huit mois auparavant, sa maman mourrait aussi. La santé de cet homme a périclité après que sa femme eut été hospitalisée en Centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD). Il mangeait peu et perdait du poids. Ayant toujours eu des problèmes cardiaques, il était fragile du coeur. Le coeur au sens large car je ne peux m’empêcher de penser que s’il avait eu sa femme à ses côtés, il aurait davantage préservé sa santé. Je pense que le système de santé du Québec ne répond pas convenablement aux besoins des personnes âgées en fin de vie. Certes, les parents de Claude ont eu une mort paisible, mais chacun éloigné l’un de l’autre. L’époux venait visiter sa douce pratiquement quotidiennement, ce qui lui demandait bien des efforts. L’un est décédé en CHSLD et l’autre à l’hôpital; deux milieux froids et étrangers.

Avez-vous lu l’article de Patrick Lagacé publié le 20 mai 2018 qui traitait du même sujet? Cet article m’avait marqué par la justesse de son propos. Il racontait l’histoire de Ghislaine Messier qui a succombé à un cancer du cerveau, à l’âge de 67 ans. Voici un résumé de l’article : « Affaiblie par le cancer, elle avait fait une chute à la maison. La maladie était avancée, si avancée que deux jours auparavant le médecin lui avait donné les papiers pour qu’elle entre aux soins palliatifs. Mais Mme Messier était une femme forte et fière, elle voulait rester à la maison, elle voulait mourir à la maison. Son mari Bruno lui en avait fait la promesse. L’ambulance est venue. Aux urgences, Mme Messier a vécu ces petites indignités un million de fois racontées et décriées depuis une génération à propos de nos urgences : le personnel pressé ; les demandes des proches ignorées ; le médecin qui n’arrive pas ; un lit dans le corridor; les couvertures qu’il faut arracher soi-même dans le chariot du préposé ; l’attente, l’attente, l’attente ; le gardien de sécurité zélé qui dit à Jean-François et à Bruno Messier que le-règlement-c’est-juste-une-personne-qui-peut-visiter-à-la-fois, l’attente encore ; le gardien de sécurité zélé qui revient ; les courants d’air qui vous font grelotter ; et les patients en délire psychiatrique qui engueulent les infirmières et vous empêchent de dormir. Vingt-quatre heures de ça. Puis, enfin, délivrance, un médecin finit par voir Ghislaine Messier, petite femme épuisée par la douleur, pour attester officiellement de ce qui était déjà à son dossier : Mme Messier doit être admise aux soins palliatifs ». Elle mourut à cet endroit.

Vingt-quatre heures d’attente aux urgences, en fin de vie, c’est une journée de moins qu’on vit dans le bonheur et la sérénité. À l’abri de l’agitation et de la souffrance propres aux aléas des urgences que l’on connaît dans les hôpitaux. Plusieurs personnes âgées deviennent angoissées et effrayées, elles perdent force et dignité dans un contexte hospitalier où chaque geste doit se faire à la vitesse de l’éclair. Les familles qui accompagnent le patient et qui souvent, parlent en son nom, vivent de l’anxiété, de la colère et de la frustration, puis, désespérés, finissent par abdiquer laissant ainsi le système les drainer.

En soit, cette histoire est banale. Elle témoigne sûrement des nombreuses histoires similaires qui arrivent dans nos hôpitaux. Elle témoigne aussi des difficultés à naviguer dans le paysage des soins de fin de vie dans le système de santé actuel. Pourquoi est-ce si difficile d’être entendu par le personnel médical? Pourquoi ne pas instaurer plus d’endroits de soins palliatifs? Pourquoi ne pas injecter plus d’argent pour permettre aux patients de mourir chez eux? Les personnes les plus vulnérables de notre société, celles qui ont contribué financièrement la majorité de leur vie au sytème de santé, sont démunies devant cette bureaucratie qui omet que la personne doit demeurer au coeur des interventions.

Non au Québec, il n’est pas facile de recevoir de bons soins de fin de vie. Savez-vous pourquoi? Parce que le système se concentre sur la guérison des maladies plutôt que sur les personnes. Il y a un coût à tout cela. Le coût des personnes qui souffre alors qu’elles auraient pu être en paix. Un coût pour les familles, obligées de quémander le confort et un traitement digne pour leur proche malade. Ça n’a pas de prix les adieux dans un environnement où la dignité, le calme, le respect, la satisfaction des besoins sont omniprésents. Toutefois, les centres de soins palliatifs ont des listes d’attente et beaucoup de personnes meurent à l’hôpital avant même d’y mettre les pieds.

J’ai constaté que notre système de santé est rempli de familles vulnérables et de professionnels de la santé attentionnés. Quand ma mère a été hospitalisée dans l’unité des soins palliatifs d’un grand hôpital de Laval, nous avons passé des heures avec des infirmières qui prenaient grand soin de ma mère avec douceur et respect. Dans un environnement hospitalier étranger, contrôlé, plein d’odeurs, de bruits et de souffrances, ces infirmières écoutaient, riaient, expliquaient et amenaient de l’humanité dans la chambre.

L’histoire se joue continuellement, 24 heures sur 24, dans des hôpitaux partout au Québec. Le script peut différer dans les détails, les nuances, mais décrit toujours le même voyage. Dans un système de santé qui fait un travail remarquable pour soigner ou contrôler les maladies, le principal défaut est d’oublier que la personne doit être au coeur même des interventions. Afin de fournir de meilleurs soins de fin de vie aux patients et aux familles, nous devons identifier rapidement les personnes vulnérables qui sont en fin de vie, leur offrir un soutien, les écouter, leur donner des conseils et les transférer dans un environnement adapté à leurs besoins.

Le chagrin est affreux et la mort est un processus qui retient toute notre attention. Nous n’avons pas besoin de distractions et de préoccupations que le système impose inutilement pour embrouiller nos yeux qui coulent déjà suffisamment.

Chantal Lanthier

**** Si vous aimez mes chroniques, abonnez-vous! C’est simple, vous n’avez qu’à entrer votre adresse courriel dans la section noire au bas de cette page****

Compter les moutons

La nuit passée, j’étais incapable de m’endormir. Ça m’arrive à peu près aux deux mois. J’ai vu minuit, puis une heure, puis deux et ainsi de suite. Je me suis finalement endormie à six heures du matin pour me réveiller en sursautant à sept heures. Par chance, je suis à la retraite. Je peux récupérer durant la journée en faisant une petite sieste. C’est fou le tas de trucs moches qui te passent par la tête quand tu fais de l’insomnie : « Qu’est-ce que je mangerais bien demain pour souper, est-ce que j’ai rêvé ça mais il me semble que ma mère prenait du thé pour déglacer sa sauce brune, qu’est-ce que je pourrais écrire comme nouvelle chronique? Pourquoi pas une chronique sur l’insomnie….. ». Ça finit plus! Toutes ces pensées totalement futiles qui n’en finissent pas de finir!

Depuis que j’ai été diagnostiquée de la SLA, ce qui me tient éveillée c’est la douleur physique. Aussitôt que je me mets au lit, je sais si je vais passer une bonne nuit ou non. Quand s’installe la tension musculaire, la raideur, les crampes et les fasciculations (sautillement des muscles) je sais alors que je ne suis pas prête de m’endormir. Mes doigts et mes orteils pianotent au rythme d’une mélodie hors de mon contrôle. Je suis parcourue d’étranges frissons indiquant clairement que mon système nerveux est déréglé. J’ai déjà lu que plusieurs personnes souffrant de la SLA avaient de la diffulté à dormir. Les premiers temps après le diagnostic se sont surtout les questions existentielles et relatives à la maladie qui te hantent. Pourquoi moi? Comment vais-je faire? Comment mon amour fera t-il? Et financièrement, comment ferons-nous si j’arrête de travailler? Le stress est dans le tapis et le cerveau bouillonne. Puis les douleurs physiques s’installent peu à peu. Certains utilisent un vaporisateur sublingual d’huile de cannabis 50% THC et 50% CBD au coucher afin de les aider à mieux dormir. Au lieu de se réveiller toutes les 30 minutes, ils peuvent dormir de deux à trois heures consécutives. Moi, j’ai beau utiliser mes techniques de méditation, visualiser des endroits paisibles, me concentrer sur ma respiration, me parler pour tenter de relaxer mes muscles, rien n’y fait. Peut-être devrais-je utiliser le cannabis moi aussi. Ça me rappellerais des souvenirs d’adolescence……..

Savez-vous que chaque soir, un Québécois sur trois compte des moutons en espérant tomber dans les bras de Morphée. L’insomnie touche davantage les femmes et les personnes âgées. Selon les données colligées par l’Université Laval et l’équipe du professeur Charles Morin, les problèmes d’insomnie sont en hausse de 42% au pays. L’utilisation des écrans et des téléphones intelligents ne seraient pas étrangère à tout cela. Effectivement la lumière bleue trouble l’horloge biologique, affectant le cycle circadien qui indique au cerveau qu’il est temps de dormir ou d’être éveillé. Trop de temps le nez collé à l’écran avant d’aller au lit est extrêmement nuisible à l’endormissement. Mieux vaut lire un bon vieux livre pour détendre son cerveau. L’insomnie coûterait 6,6 milliards de dollars par an au Québec en consultations médicales, médicaments et perte de productivité.

Lorsque je travaillais je connaissais également de nombreuses nuits d’insomnie. J’étais tellement stressée que j’avais toujours un crayon et une feuille de papier sur ma table de chevet dans l’éventualité où il me viendrait quelque chose en tête durant la nuit. J’avais effectivement réalisé qu’en écrivant mes pensées elles disparaissaient de mon esprit, du moins pour un moment. Je rageais de ne pas pouvoir m’endormir. Mes journées étaient ponctuées de problèmes de mémoire et de concentration, de manque de vigilance, de maux de tête et d’humeur morose. Je me rappelle que j’en avais parlé à mon médecin de famille qui m’avait dit que l’insomnie occasionnelle n’est pas dangereuse. Elle m’avait aussi rassurée en me disant que je dormirais bien la nuit suivant la période d’insomnie. Mon corps et mon cerveau allaient finir par capituler. Elle m’avait conseillé de me lever si après 20 minutes, je ne dormais toujours pas.

Savez-vous que la nuit, le cœur ralentit et la pression artérielle baisse d’environ 10 à 15 %? Cela permet à l’organisme de ralentir la cadence, de réduire la pression, et aussi d’abaisser son stress, un des responsables d’une haute tension artérielle. Chez les adultes, et même chez les adolescents, on observe qu’un sommeil trop court ou de mauvaise qualité influence la tension à la hausse. Chez des sujets dormant cinq heures par nuit, on a observé un risque doublé de développer de l’hypertension artérielle comparativement à des personnes dormant sept à huit heures par nuit.

Il n’est pas toujours évident de dormir à poings fermés surtout quand la douleur physique, stress et préoccupations sont au rendez-vous. Ne vous en faites pas trop avec tout ça. Le hamster envahissant finira tôt ou tard par quitter votre demeure. Il est juste de passage et finira par prendre des vacances et par le fait même vous aussi.

Source :
TVA nouvelles du 18 janvier 2019

Chantal Lanthier

**** Si vous aimez mes chroniques, abonnez-vous! C’est simple, vous n’avez qu’à entrer votre adresse courriel dans la section noire au bas de cette page****

Quand viendra le moment

Un ami qui est atteint de la SLA lui aussi, entre dans la phase finale de la maladie. Après avoir échangé quelques mots avec son épouse sur Messenger dans lesquels elle me décrivait son état, je me suis demandé s’il avait conscience du stade avancé qu’il affichait. Cela m’a amenée à me questionner sur ma capacité à prendre la décision de partir quand le moment sera venu.

Ce moment, saurais-je le reconnaître? À partir de quand un individu atteint de la SLA en a t-il assez pour lever les voiles? Quels sont les facteurs à l’origine de sa décision? Au-delà de la souffrance physique, y a t-il d’autres considérations à prendre en compte?

Vient un moment dans la vie d’une personne atteinte de la SLA où elle doit se poser des questions qui détermineront le reste de son parcours de vie. Peut-elle faire un bout avec la maladie? Jusqu’où peut-elle aller dans la perte de son autonomie? Veut-elle la gastrostomie?

Toutes ces questions je les ai adressées et discutées avec mes proches. La dernière question en lice? Si je désire ou pas la trachéotomie. J’ai décidé que non. La trachéotomie est une ventilation assistée qui gonfle les poumons pour toi et nécessite une assistance en continu 24 heures sur 24.

Une fois ces décisions prises, il s’agit de savourer chaque instant de la vie qui nous reste jusqu’à ce que la maladie gagne du terrain et que l’apparition du stade avancé se présente. Les limitations physiques sont assez bien décrites lorsqu’on parle des derniers mois de vie. La personne affiche moins d’appétit, dort la plupart du temps, garde le lit et affiche des difficultés respiratoires. On parle alors de soins de confort ou de soins palliatifs. Cette étape constitue un moment charnière car elle permet de vérifier l’admissibilité à des programmes ou à des ressources d’accompagnement de fin de vie, à la personne atteinte et au personnel soignant de prendre des décisions éclairées quant aux traitements et aux soins, à la personne de prendre ses dernières dispositions, et aux proches de vivre le plus harmonieusement possible la fin de la vie d’un être cher. Je pense que c’est à cette étape que je demanderai l’aide médicale à mourir.

Comme me le disait mon amie Julie ce moment arrivera sûrement trop rapidement. Même si on si attend depuis le début, un sentiment d’impuissance envahira mes proches. Peu importe la compassion dont ils font preuve, l’issue sera inévitable.

Demander l’aide médicale à mourir n’est jamais une décision facile. Les gens disent souvent qu’on le sait quand c’est le bon moment et je ne peux m’empêcher de penser que c’est vrai. Une petite voix en moi me dira sûrement : Assez, c’est assez!

Vous me direz que chacun à son propre baromètre interne par rapport à la souffrance physique et morale. Chacun la vit à sa façon et surtout à son rythme. Il arrive toujours un moment où l’on est obligé d’accepter l’idée qu’on entre dans la phase terminale. Un moment où l’on est fatigué de vivre et pendant lequel on a le sentiment d’être mort intérieurement, un moment où les douleurs qui vous rongent finissent lentement par vous mettre à genoux, moment où la lumière dans tes yeux, s’éteint. C’est ce moment où tu te dis « Game over ». La vie te quitte. Elle s’en va.

J’ai toujours affirmé que j’aimerais mourir dans mon lit à la maison. C’est toujours mon souhait. Toutefois si je constate que mon amour n’en peut plus, j’irai en maison de soins palliatifs. Il n’est parfois pas évident pour les proches d’assurer des soins médicaux et de vivre le stress et insomnie associés à la fin de vie.

Je dirais qu’une fois qu’on a accepté l’inévitable tout ce qui compte ce n’est pas le temps qu’il reste mais la qualité de ce temps. À partir de ce moment il n’y a qu’un seul objectif: le moins de souffrances possibles, le plus d’amour possible, et profiter à plein des câlins, des bisous, des je t’aime, des mains tendues. Faire la paix, partager, faire tomber les masques afin de dire ce que l’on veut vraiment et instaurer le calme pour que je parte en paix mais aussi pour que mes proches soient emplis de sérénité après mon départ.

Cette chronique est dédiée à mon ami Daniel Marion décédé de la SLA le 10 juillet 2019 à l’âge de 59 ans. Repose en paix et veille sur nous.

Chantal Lanthier

**** Si vous aimez mes chroniques, abonnez-vous! C’est simple, vous n’avez qu’à entrer votre adresse courriel dans la section noire au bas de cette page****