Nouveau départ

Il y a plusieurs mois déjà que j’ai cessé d’écrire sur mon blog. À vrai dire, je fus absente durant 7 mois. Vous avez été patients chers lecteurs et lectrices. J’avais prévu reprendre en mai mais c’était sans compter que nous étions en plein déménagement. Je me suis ennuyée de vous! Il fallait attendre que le calme revienne dans notre maison, que je me dépose et que la vie reprenne son cours tranquille pour que l’envie d’écrire me saisisse à nouveau.

Il s’en est passé des choses durant les six derniers mois. Il y a d’abord eu LA chose. Cette pandémie mondiale qui a emporté tant de personnes. Maudit virus! On n’avait pas besoin de ça. Le moins que l’on puisse dire c’est que cette bébitte va avoir changé nos vies et pas pour le mieux. Comme je l’ai déjà lu : « Un petit machin microscopique appelé coronavirus bouleverse la planète. Quelque chose d’invisible est venu pour faire sa loi. Il remet tout en question et chamboule l’ordre établi. Tout se remet en place, autrement, différemment. Soudain, on observe dans le monde que le carburant a baissé, la pollution a baissé, les gens ont commencé à avoir du temps, tellement de temps qu’ils ne savent même pas quoi en faire. Les parents apprennent à connaître leurs enfants, les enfants apprennent à rester en famille, le travail n’est plus une priorité, les voyages et les loisirs ne sont plus la norme d’une vie réussie. Soudain, en silence, nous comprenons la valeur des mots solidarité et vulnérabilité. Soudain, nous réalisons que nous sommes tous embarqués dans le même bateau, riches et pauvres. Nous réalisons que l’argent n’a aucune importance. Que nous avons tous la même identité humaine face au coronavirus. Quelques jours seulement ont suffi à l’univers pour établir l’égalité sociale, ce qui était impossible à imaginer. La peur a envahi tout le monde. Puisse cela servir à réaliser la vulnérabilité des êtres humains. Il a suffi de quelques jours pour que la certitude devienne incertitude, que la force devienne faiblesse, que le pouvoir devienne solidarité et concertation. Que le songe devienne mensonge. Il a suffi de quelques jours pour que l’humanité prenne conscience qu’elle n’est que souffle et poussière »

Nous étions en vacances en Floride lorsque la pandémie a sévi au plus fort au Québec. Le gouvernement canadien exortait les québécois à revenir au pays. Nous avons décidé d’abréger nos vacances qui devaient se terminer le 7 avril. Nous sommes revenus le 26 mars vers 02h00. Arrivés par la 401 des Mille-îles, dès que nous avons franchi la frontière, les seuls véhicules sur la route étaient les camions de marchandises et nous. Le clash était frappant! On aurait dit que la 40 était une autoroute fantôme! Épeurant et rassurant en même temps! Rassurant que les québécois écoutaient bien les consignes de la Sécurité publique. Nous avons observé une quatorzaine cloîtrée. Par chance nous n’avons pas pogné cette cochonnerie. Je vais éventuellement vous parler du parallèle à faire entre la pandémie et la maladie.

Finalement, nous sommes déménager à Sainte-Thérèse où nous avons acheté au beau condo. Il fut ardu d’entreprendre des travaux d’adaptation. Il n’est pas toujours facile de faire approuver les rénovations par le syndicat des copropriétaires mais cela fera l’objet d’une prochaine chronique.

Je vous écrirai dorénavant aux deux semaines car il m’est dorénavant difficile d’écrire au clavier. Mes doigts se crispent et mes mains se fatiguent vite. Outre cela, ma condition n’a pas vraiment changé et ce n’est pas moi qui va s’en plaindre.  Je continue d’apprécier la vie et chacun de ses moments.

Contente de vous retrouver.

Chantal Lanthier

**** Si vous aimez mes chroniques, abonnez-vous! C’est simple, vous n’avez qu’à entrer votre adresse courriel dans la section noire au bas de cette page****

Le bilan

145C9F54-A660-46E2-AF47-312096A45A32

Aujourd’hui, je rédige ma quatre-vingt-unième chronique. Je me suis dit qu’un petit bilan s’imposait. Lorsque j’ai commencé à écrire mes chroniques et que j’ai ouvert mon blogue, je ne pensais pas que j’étais pour continuer aussi longtemps. Je savais que j’aimais écrire, que c’était un peu ma thérapie de coucher sur papier mes émotions et péripéties mais au grand jamais je ne pensais persévérer jusqu’à maintenant.

Ma première chronique est datée du 11 août 2018; il y a donc 18 mois. Depuis cette date mon blogue a été vu 22,000 fois. Je compte actuellement 400 abonnés à mon blogue et à ma page Facebook. Mes lecteurs proviennent principalement du Québec et du Canada mais on en retrouve aussi en France, en Belgique, au Mexique, aux USA et même en Argentine.

Écrire me permet de prendre du recul face à la maladie. Ça me permet de libérer mes pensées, d’exprimer mon état intérieur et ma douleur. De ce fait, l’écriture me permet de pousser ma réflexion en dressant des bilans et à prendre en compte mon passé pour mieux anticiper mon avenir. Prendre le temps d’écrire me donne l’occasion de me déposer. L’écriture a pour moi des vertus thérapeutiques. Poser mes émotions sur un bout de papier me permet de me connecter à moi-même, d’entrer directement en relation avec mes ressentis. Si pour beaucoup d’entre nous, en parler est le meilleur moyen de se libérer d’un problème, pour moi, l’écrire est vital car il s’agit de mon seul et unique moyen de communication.

Écrire, c’est aussi un moyen de prendre soin de mon âme. En posant des mots, je crie la douleur de mes maux. Je n’ai pas trouvé d’autres moyens pour le faire. Avant la maladie, j’aurais pu chanter. Comme j’aimais chanter! J’avais l’impression que tout mon stress sortait quand je chantais. Maintenant j’écris ma colère, ma dépendance, mes peurs, mes incompréhensions, mes doutes, mes cris, mes joies, mes peines, j’écris pour exprimer mon élan de vie.

J’écris également pour rester humaine et pour éviter de m’isoler. J’écoute la petite voix en moi, elle me guide pour garder le cap et m’éviter de partir à la dérive et me noyer dans l’immensité de la maladie. Écrire, c’est un de mes moyens pour me reconnecter à ma vérité.

Je dois vous confier quelque chose. Malgré ma soif d’écrire, mon vocabulaire est loin d’être parfait. Dès le début de l’aventure du blogue, je me suis donc associée à quelqu’un de précieux. Il s’agit d’Angèle Doucet, une enseignante retraitée. Angèle est aussi la proche aimante de Pierre, lui aussi atteint de la SLA. Je tiens à la remercier de prendre le temps de corriger mes textes et surtout mes participes passés. J’ai beau essayer ça ne me rentre pas dans la tête! Sans elle, je ne me serais pas risqué à écrire publiquement.

Vous qui prenez le temps de me lire, sachez que nous partageons du temps ensemble. C’est un peu comme si nous partions à l’aventure; une aventure intérieure afin de mieux me connaître et à travers mes mots de découvrir la SLA et tout ce qu’elle englobe. J’espère que mes chroniques vous aident, vous encouragent, vous font cheminer mais surtout qu’elles vous font réaliser combien la vie est belle malgré ses tempêtes.

J’en profite pour vous annoncer que je prendrai une pause pour quelques mois. J’ai besoin de temps et d’idées pour renouveler ma banque d’anecdotes à vous raconter. Y a-t-il des sujets particuliers que vous souhaitez me voir aborder? Ne vous gênez surtout pas pour me les transmettre pendant ma pause. En principe, je pense recommencer au mois de mai. Je vous remercie tous et chacun.

 

Chantal Lanthier

**** Si vous aimez mes chroniques, abonnez-vous! C’est simple, vous n’avez qu’à entrer votre adresse courriel dans la section noire au bas de cette page****

Rêver d’un impossible rêve

La nuit derrière j’ai rêvé que je marchais à nouveau. J’ai rêvé que mon corps était entièrement fonctionnel comme à l’époque révolue où il m’appartenait encore. Je jouissais de chaque mouvement, de chaque sensation. Je sentais la pelouse fraîche sous mes orteils et les pierres du patio que Jocelyn et moi avons installées lorsque nous avons refait la cour extérieure. Je pouvais aisément bouger chacune des parties de mon corps sans avoir l’impression de soulever d’énormes pierres. Je me sentais tellement libre et légère que même en rêve, j’avais les yeux dans l’eau. Je ne sais pas par quel miracle j’avais retrouvé mon corps mais je me souviens de ce sentiment d’euphorie et de bonheur qui m’habitait. Un sentiment intense de gratitude. Dans mon rêve, je pouvais parler. Je me suis mise à chanter à pleins poumons. Je riais, je pleurais, je me sentais enfin délivrée de la SLA. Je me suis étendue sur le gazon et j’ai regardé la cime des arbres en pleurant; infiniment reconnaissante de ce qui m’arrivait. Le soleil pointait ses chauds rayons à travers les branches et j’ai savouré cet instant qui semblait s’arrêter. Je me souviens de m’être promis de prendre soin de mon corps, celui que j’avais enfin retrouvé.

Cette sensation puissante ressentie dans mon rêve était encore présente à mon réveil. Confrontée à ma réalité, je me suis sentie très triste. Jocelyn dormait encore dans le lit d’à côté. Le réveil indiquait 07:00. Trop tôt pour le réveiller. Je me suis mise à réfléchir à mon rêve. Si j’avais la possibilité de retrouver mes facultés physiques, prendrais-je vraiment soin de mon corps? Si je retrouvais ma vie d’avant, est-ce que je changerais certaines choses? À ces deux questions, je réponds par l’affirmative assurément. Premièrement, je me nourrirais mieux et introduirais le sport dans mes activités hebdomadaires. Deuxièmement, je diminuerais les facteurs de stress au minimum. Je continue de penser que le stress n’est pas étranger au développement de la SLA. Les grandes lignes de ma vie demeureraient toutefois les mêmes. J’ai connu une belle vie et je l’ai vécue à fond. « Plus nous aurons donné de sens à notre vie, moins nous éprouverons de regrets à l’instant de la mort.» Ces mots du dalaï-lama expliquent ma sérénité. Aucun regret ne m’habite. Je ne revivrais pas ma vie autrement. J’ai goûté pleinement au banquet qui m’a été offert et j’accepte maintenant avec résignation la route tracée devant moi.

Cette réflexion m’a fait penser à ce poème écrit par Thomas Goulet, le conjoint d’Anne-Marie Séguin, diagnostiquée d’un cancer en phase terminale et décédée le 20 août 2016. Ce poème a été partagé durant le formidable documentaire intitulé « La mort m’a dit ».  Assurément un des poèmes qui m’a le plus émue tant il représente l’essentiel de la vie. Il m’a tellement touchée que je souhaiterais vous le faire découvrir :

La mort m’a dit qu’il est bon de vivre et qu’il n’est rien à craindre.

Que l’oiseau vole !

et qu’il goûte aux saveurs de l’azur.

Qu’il s’émerveille de la danse enchantée des reflets d’or sur la mer.

Qu’il s’émerveille de son ivresse unique, de ses pouvoirs, de ses limites.

Qu’il goûte aussi au plaisir du partage, à ce compagnonnage mystérieux, à ses fenêtres ouvrant sur d’autres mondes.

Quand le soir viendra, il pourra déposer ses rêves dans le grand manteau de la terre pour y dormir.

Lorsque j’ai raconté mon rêve à Jocelyn, il m’a dit de continuer de rêver ainsi. Je visualise et c’est positif selon lui. L’autre soir, pendant qu’on regardait un film intitulé « La Ligne verte », Jocelyn s’est mis à pleurer discrètement. Ce film raconte l’histoire Paul Edgecombe qui est gardien-chef au pénitencier de Cold Mountain en Louisiane, au bloc E, surnommé La Ligne verte, où sont détenus les condamnés à la chaise électrique. Un jour, un nouveau détenu arrive. Il s’agit de John Coffey, un colosse, condamné pour le viol et le meurtre de deux sœurs. Cependant, ces faits offrent un contraste très troublant avec la douceur et la gentillesse de John qui est, semble-t-il, doté de pouvoirs surnaturels. Un jour, John soigne Paul d’une manière miraculeuse : il pose sa main sur l’endroit atteint, puis recrache le « mal » sous forme de particules noires. Jocelyn me dit alors : « Pas de danger qu’un vrai John Coffey puisse t’enlever ta maladie. Ça serait trop beau! ». Nous pleurons tous les deux. Lui, pleure de cette impossibilité pour moi de guérir et je pleure parce qu’il est triste.

Le 22 janvier 2020, j’ai complété la septième année. Sept années depuis le diagnostic dont six en fauteuil roulant. Je m’estime très chanceuse de faire partie du 10% des personnes atteintes qui vivent au-delà du cinq ans. Savez-vous que chaque année qui dépasse les pronostics m’apporte un sentiment de fierté? Je me dis à chaque fois : « Fu#& you SLA! ». Je fête cette date autant que mon anniversaire. C’est un peu ma façon d’affirmer que les statistiques ne sont pas inéluctables. L’espoir et la joie m’habitent encore. Je suis encore en vie et j’en profite pleinement. Je ne sais pas combien de temps il me reste mais QUI possède cette certitude? Ni vous ni moi!

Chantal Lanthier

**** Si vous aimez mes chroniques, abonnez-vous! C’est simple, vous n’avez qu’à entrer votre adresse courriel dans la section noire au bas de cette page****

Mon tattoo

 

A699DF64-8CE8-4D5E-89EB-DB16CB9FF0AF

Vous qui avez lu mon livre, vous savez que mon premier tatouage à vie est celui que je me suis fait faire avec mes amies de toujours. Nous l’avons fait 4 mois après mon diagnostic lors d’une virée de filles. Ce tattoo représente l’amitié et il nous unira pour toujours les unes aux autres. C’est un motif celtique représentant l’amitié éternelle. Notre conviction de graver en nous cette puissante amitié était plus forte que tout.

Fébriles comme de petites écolières à la fin des classes, nous nous sommes dirigées vers le salon de tatouage. Apprenant la raison qui nous amenait à poser ensemble ce geste symbolique, la tatoueuse, touchée par notre histoire, a versé quelques larmes avec nous. Quand la séance s’est terminée, le poignet intérieur gauche des quatre meilleures amies du monde portait la marque d’une profonde amitié, indélébile et ineffaçable. Cette précieuse amitié qui s’est exprimée m’a donné du courage à un moment où j’en avais particulièrement besoin. Depuis, pendant les périodes ardues, ce tatouage me réconforte. Il me suffit de le regarder pour me rappeler que je ne suis pas seule, que mes amies sont là pour moi, proches, prêtes à accourir si le besoin s’en fait ressentir. Il représente l’étreinte combinée de quatre grandes amies. Quant à elles, mes amies diront que le tatouage leur fournit une dose d’énergie quand elles vivent des moments difficiles. Elles se disent que si je peux affronter la SLA, elles peuvent surmonter leurs propres obstacles. Cette fin de semaine et ce geste restent ancrés (… et encrés) en moi à jamais.

Puis, il y a eu ce voyage en République Dominicaine pendant lequel je m’étais fait tatouer, à l’henné, un paysage de fleurs. Jocelyn me disait que je devrais en faire faire un permanent. Moi, j’hésitais. L’idée de concevoir un motif encré sur ma peau définitivement ne me plaisais guère (évidemment mis à part le petit que j’avais déjà avec mes amies).

Les années ont passé. En 2015, j’ai vu une image d’un mandala sous lequel il était inscrit ceci: « MANDALA est un mot SANSKRIT (langage de l’Inde) signifiant : cercle, centre, unité, totalité, communauté, univers. Il s’exprime dans un dessin circulaire, convergeant vers un centre porteur d’infini.  Le point central représente le soi et le cercle est le dénouement de la vie: la naissance, la maturité, la mort et la renaissance. L’effet positif du mandala est: calme, relaxation, concentration et force. Il permet de s’éveiller à sa vérité profonde, et de découvrir ce que nous sommes venus faire sur terre. Le mandala nous maintient dans l’instant présent, et permet la communion avec son être intérieur, avec sa source ».

J’ai immédiatement su que j’avais trouvé mon tattoo. Un appel, c’est comme ça que je l’ai ressenti. Ces mots et ce dessin me définissaient bien et représentaient parfaitement ma vision de la vie. C’était pour moi comme une obsession de laisser ma trace, y compris sur mon corps. Cette image révélait un message plus profond qu’un simple choix esthétique. J’étais consciente de mon choix et que j’allais être marquée à vie et ça, ce n’est pas anodin.

Aujourd’hui mon corps porte les ravages de la SLA. Me faire tatouer, c’est un peu comme me réapproprier mon corps. Une forme de contrôle sur un corps qui ne m’appartient plus réellement. C’est comme dire :  « Tu ne m’habiteras pas complètement; maudite SLA ». Grâce à ce tatouage, je redonne un sens à ma vie, et prouve que la maladie n’a pas une emprise totale sur mon corps.

Autour du mandala, j’ai fait broder des fleurs, symbole de la féminité pour moi. De renouveau aussi. Les fleurs meurent mais leurs graines font naître un nouveau jardin. Ce tatouage fait désormais indéniablement partie de moi et de mon identité. Je le trouve joli mais surtout il représente de nombreuses significations chères à mon cœur. C’est émotionnel! Comme la photographie, le tatouage fige un message qui résonne en moi.

Une pensée me traversait toujours l’esprit quand j’étais en santé : « Les gens qui se font tatouer n’ont-ils pas peur qu’à 80 ans, leur tattoo soit rendu difforme? ». Quand j’ai reçu le diagnostic de la SLA confirmant que statistiquement, il ne me restait que 5 ans à vivre, je me suis dit que le temps n’aurait pas d’emprise sur mon tattoo. Je me suis alors dit « Pourquoi pas? ». Le corps n’est-il pas une toile vivante ornée de cicatrices, de rides où cohabitent les blessures accumulées au cours de notre vie? Maintenant, au rythme auquel la maladie progresse, je suis plus certaine que ce tattoo restera parfait………et c’est tant mieux!

Chantal Lanthier

**** Si vous aimez mes chroniques, abonnez-vous! C’est simple, vous n’avez qu’à entrer votre adresse courriel dans la section noire au bas de cette page***

Engagement communautaire et bienveillance

Saviez-vous que le 3 novembre est la journée internationale de la gentillesse? Mark Twain disait que « La gentillesse est le langage qu’un sourd peut entendre et qu’un aveugle peut voir ».

Depuis mon diagnostic de la SLA je suis davantage touchée par les actes de générosité qui se passent autour de moi et j’ai décidé, moi aussi, de créer plus de gentillesse dans ce monde où peu de nouvelles réjouissantes envahissent la une des journaux, où l’intimidation, la méchanceté et les injures trônent au sommet des réseaux sociaux.

Récemment j’ai reçu un beau message d’une parfaite inconnue qui a lu mon livre. Le message disait ceci : «  Bonjour Chantal, je désirais vous dire que pour la 1ère fois, depuis au moins 10 ans, j’ai repris un livre papier dans mes mains et j’ai recommencé à lire. Votre livre (votre vie), me touche beaucoup. Je vous ai rencontrée à Lorraine la fin de semaine passée et en lisant seulement l’endos du livre, j’étais déjà touchée en plein coeur, émotive, que je n’ai quasi pas pu vous regarder. Je continue à dévorer votre livre, restez la belle personne que vous êtes et soyez forte, vous serez dans mes prières… Merci encore de m’avoir redonné l’envie de lire. Prenez grand soin de vous et continuez à avoir ce si beau sourire! ». Ce simple mot m’a remplie d’une joie profonde. Je me sentais heureuse et, franchement, je voulais me sentir encore et encore envahie de ce sentiment. Cette petite voix qui te dit que tu as fait la différence. Cette satisfaction que l’on ressent en se regardant dans le miroir et pouvoir se dire que l’on est « quelqu’un de bien » malgré nos limitations. Ce sentiment puissant est à la portée de tous lorsque l’on s’investit dans la communauté ou que que l’on pose des gestes gentils à l’égard de notre prochain.

Melanie Rudd, professeure adjointe en marketing à l’Université de Houston, effectue des  recherches sur la compréhension de ce qui nous rend heureux. Ses recherches portent en grande partie sur cet aspect du don de soi. Il s’agit «d’aider les autres et de les voir heureux. Ceci nous procure une lueur chaleureuse», dit-elle.  « Il est difficile de faire quelque chose de totalement  altruiste car nous nous sentons toujours bien après avoir accompli un acte de gentillesse », dit-elle.  Sans surprise, elle dit que nous désirons tous, renouveler ce sentiment que nous procure l’acte gentil.  Même les gens qui dépensent de l’argent pour les autres – plutôt que pour eux-mêmes – éprouvent de plus grands sentiments de bonheur.

Jamil Zaki, professeur adjoint de psychologie à l’Université de Stanford, a passé des années à étudier comment la bonté peut être transmise.  «Nous constatons que les gens imitent non seulement les détails des actions positives, mais aussi l’esprit qui les sous-tend», selon son article de 2016 dans Scientific American.  « Ceci implique que la gentillesse elle-même est contagieuse. Elle peut  traverser les gens et prendre de nouvelles formes en cours de route. » Par exemple, il a découvert que les gens faisaient de plus grands dons de bienfaisance quand ils pensaient que les autres (amis et famille) étaient généreux. Cela m’a fait penser à certaines des campagnes GoFundMe que j’ai soutenues: si je constate que de bons amis donnent environ 50$, il est probable que je donnerai autant qu’eux. Zaki pense que cela est enraciné dans notre « désir de faire partie d’un groupe », ce qui nous donne un sentiment de sécurité et d’identité.

On se sent perdus entre les tas de fondations et d’organismes qui sollicitent nos dons. Ce dérangement est le prix à payer quand une société choisit l’austérité et fait des coupes dans les programmes sociaux, parce que c’est le principe de la charité qui doit prendre le relais.

Pas besoin de faire de acte de bravoure comme preuve de gentillesse. Un mot d’encouragement envers une personne qui en arrache, un coup de téléphone à un être cher, offrir de garder les petits-enfants pour votre fille exténuée, tendre une main vers les plus démunis de la société, …. Tous ces petits gestes qui font la différence c’est ce que l’on appelle la contagion de la gentillesse. Vous n’avez pas de temps? Alors donnez de l’argent. En plus, les dons à des organismes reconnus sont déductibles d’impôts.

La gentillesse est avant tout une attitude, quelque chose de très spécifique dans sa relation à l’autre. Les bienfaits d’être gentils et de donner à son prochain sont multiples : c’est une occasion des transmettre nos valeurs, ça procure un sentiment d’accomplissement, ça permet de vivre de grands et intenses moments, de faire la différence dans la vie des gens, ça développe ta compassion, ça répond au besoin fondamental de se sentir utile, ça offre une façon de rencontrer des gens qui ont des intérêts similaires et se soucient des mêmes choses que vous, ça améliore votre santé mentale, ça stimule le bonheur et par-dessus tout, tu apprends à donner sans attentes.

Au cours du mois prochain, faites le test, juste pour voir si le professeur Zaki a raison. Souriez le plus souvent possible et voyez si les gens vous rendent un sourire. Investissez-vous dans l’humain. Aider les autres peut amener le bonheur et donner un sens à votre vie. Si ça marche, (et je n’en doute pas!) vous pourrez dire que vous avez contribué à « la mini contagion de bonté ».

Chantal Lanthier

**** Si vous aimez mes chroniques, abonnez-vous! C’est simple, vous n’avez qu’à entrer votre adresse courriel dans la section noire au bas de cette page****