Oser la vulnérabilité

Suite à la lecture de mes chroniques, vous m’écrivez beaucoup. Parfois, un seul mot, un émoticône, parfois des paragraphes entiers. Vous m’écrivez pour me dire que je suis inspirante et courageuse. En réalité, je ne me sens pas courageuse mais vulnérable. Jamais dans ma vie, je ne me suis jamais sentie autant vulnérable. Physiquement bien sûr, mais aussi psychologiquement et vous savez quoi? Je m’en réjouis car cet état m’amène à une meilleure connaissance de moi et des situations que je vis.

Et si le courage se montrait seulement quand nous sommes vulnérables? Quand nous sommes au plus bas? Quand il nous faut surmonter des obstacles que nous pensons insurmontables? Et si le courage venait avec cette incertitude à ne pas connaître le dénouement de la situation? 

Brené Brown est une travailleuse sociale américaine qui a consacré 20 ans de sa vie à faire des recherches sur la vulnérabilité. Elle a interrogé des milliers de personnes. Elle dit que nous vivons dans un monde où la vulnérabilité est omniprésente et que trop souvent les gens ont tendance à occulter leur vulnérabilité. Suite à ses recherches, elle dit que dans la vie, les gens qui s’en sortent le mieux émotivement sont ceux qui sont fidèles à eux-mêmes, qui parlent honnêtement avec leur cœur, qui prennent le risque d’être confrontés à leurs faiblesses, qui aiment généreusement malgré qu’il n’y ait aucune garantie, ceux qui mettent la gratitude et la joie au cœur de leur vie et finalement ceux qui s’acceptent tels qu’ils sont.

Elle dit aussi que sa vie a radicalement changé quand elle est tombée sur une citation de Théodore Roosevelt (président américain en 1901) qui a dit : « Ce n’est pas la critique qui importe ou bien la personne qui pointe l’homme fort qui a trébuché. Le mérite revient à celui qui est dans l’arène dont le visage est couvert de sueur, de poussière et de sang qui combat vaillamment, qui porte un message, qui montre ses limites encore et encore, et qui à la fin, qu’il réussisse triomphalement ou qu’il échoue, au moins il a osé de toutes ses forces ».

Je vous invite à sauter dans l’arène et à vous rendre vulnérables. Soyez braves. Osez, prenez des risques. Vous allez assurément tomber, échouer, avoir peur et parfois vous retrouver avec le cœur en miettes. Mais vous vivrez à fond. C’est un choix que vous devez faire à chaque jour. Choisir le courage plutôt que le confort. Choisir d’être vulnérable, ce n’est pas gagner ou perdre, c’est oser en ne connaissant pas le résultat. Il s’agit parfois de dire « je t’aime » le premier, d’accompagner un enfant malade, dire ce qu’on ressent vraiment, d’attendre les résultats de la dernière mammographie, etc…

On pense souvent que vulnérabilité égale faiblesse mais je peux vous assurer qu’il n’en est rien. La vulnérabilité TOUT COMME LE COURAGE survient quand nous sommes dans le doute, en situation de risque ou exposés émotionnellement. Elle survient habituellement avec la honte, le manque, le chagrin et la peur. Pourquoi nous montrer vulnérables aux autres? Car la vulnérabilité c’est aussi le berceau de l’amour, la joie, l’appartenance à soi et aux autres, de la confiance, de l’inclusion, de l’équité, de l’empathie, etc…

IL N’Y A PAS DE COURAGE SANS VULNÉRABILITÉ

Les deux s’abreuvent à la même source. On pratique tous la vulnérabilité; certains n’en n’ont toutefois pas conscience tant qu’ils s’évertuent à cacher leurs émotions. N’avons-nous pas, tous, ressenti une situation de doute, de risque ou d’émotions dans notre vie? Certains d’entre nous vont se prémunir d’une armure anti-émotions. Ils pensent qu’ils sont protégés. Le problème avec eux c’est qu’ils refoulent leur douleur et la déchargent parfois sur les autres. Nous sommes tous programmés pour interagir les uns avec les autres. L’absence d’amour et d’intégration n’apporte que souffrance.

Être vrai! Ne jamais se renier pour les autres. Certains d’entre nous ne montent jamais dans l’arène. Ils ne s’exposent jamais à l’adversité. Ils choisissent la facilité et le confort parce qu’ils ont peur du chagrin et de la souffrance auxquels ils pourraient être exposés. 

La vulnérabilité a cet effet sur nous. Quand on est en situation précaire, certains vont élaborer des scénarios catastrophes et angoisser alors que d’autres vont pratiquer la gratitude et vont plutôt voir le verre à moitié plein. Ils vont se rappeler les petits moments de joie, d’amour et de partage, afin de continuer d’avancer. Les petits instants de bonheur afin de se rattacher à quelque chose de positif. 

Je suis imparfaite! Je pratique la vulnérabilité et je suis près de mes émotions. Je me sens  vivante et sereine. Et vous?

 

Chantal Lanthier

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Prendre conscience

Aujourd’hui, j’écris pour vous sensibiliser à une réalité qui est mienne depuis maintenant 8 ans, celle d’handicapée. Avant que je sois diagnostiquée de la SLA, je m’attardais peu aux contraintes vécues par les personnes en fauteuil roulant. Il faut vraiment être dedans pour mesurer l’ampleur des obstacles qui rendent impossible la pleine accessibilité. L’accessibilité est un facteur premier d’autonomie, d’inclusion et de participation sociale. En effet, sans l’application des principes de l’accessibilité, il devient difficile, voire impossible pour nous d’accéder aux bâtiments de services (dentiste, notaire, clinique médicale, coiffeur, etc..) ainsi qu’aux différents commerces.

Mon fauteuil roulant est une extension de mon corps.

Il m’offre la mobilité, si précieuse dans ma condition. L’environnement hors de la maison n’est toutefois pas facile à parcourir. Les endroits prétendument adaptés ne le sont pas toujours. De nombreuses toilettes ne sont pas correctement aménagées en ce qui a trait à l’espace, à la configuration et à l’emplacement. Il m’est arrivé, dans un restaurant d’une chaîne de restauration rapide très connue, d’aller dans l’une de ces salles de bain adaptées et de réaliser que mon fauteuil ne pouvait même pas entrer, le cadre de la porte n’étant pas suffisamment large. Dans les restaurants, très souvent, les tables sont trop basses et ne permettent pas aux appuie-bras du fauteuil roulant de glisser dessous. À d’autres endroits, il manque d’espace entre les tables pour se déplacer en fauteuil motorisé. Parfois, la table est parfaitement accessible, mais les toilettes sont situées au sous-sol, sans ascenseur. Vraisemblablement, les propriétaires de tous les bâtiments ne sont pas dans l’obligation de se conformer aux besoins des personnes vivant avec un handicap.

Le pire quand vient le moment de réserver à l’hôtel est de s’assurer que la chambre dite handicapée répond vraiment à mes besoins. Ainsi, Jocelyn doit absolument téléphoner avant de réserver. Il doit vérifier s’il y a une douche sans seuil (roll-in shower) dans la chambre adaptée ou est-ce un bain? Une chaise de douche est-elle disponible? Quelle est la hauteur du lit? Y a t-il un espace sous le lit permettant aux pattes du lève-personne portable d’être insérées sous le lit? Y a t-il du tapis dans la chambre (peut entraver les équipements à roulettes)? La toilette est-elle plus haute et y a t-il des barres d’appui? Y a-t-il des espaces de stationnement pour handicapés? Y a-t-il une barre de lit disponible?

Tiré de La Presse le 6 avril 2018 :

« Dans la foulée de l’adoption, en 1975, de la Charte des droits et libertés du Québec qui interdisait la discrimination fondée sur le handicap, des mesures visant l’accessibilité des bâtiments ont été inscrites dans le Code de construction. En 1978, la Loi assurant l’exercice des droits des personnes handicapées a été adoptée. Cette loi, qui prévoyait l’adoption d’un règlement pour rendre accessibles des bâtiments construits avant 1976, plaçait le Québec à l’avant-garde en matière d’inclusion des personnes handicapées. Le hic, c’est que 40 ans plus tard, ce règlement n’a toujours pas été adopté. Mais on reste malgré tout très loin de l’accessibilité universelle promise.

Le Code de construction inclut encore aujourd’hui des exceptions qui font en sorte que trop de bâtiments demeurent inaccessibles aux personnes handicapées. Les commerces de moins de 300 mètres carrés ou les bâtiments d’affaires de deux étages et moins font partie de ces exceptions. Malheureusement, au lieu d’adopter les mesures qui s’imposent, le gouvernement laisse aux personnes handicapées le fardeau de porter plainte à la Commission des droits de la personne contre les commerces qui leur sont inaccessibles ».

La situation est, malheureusement, demeurée inchangée depuis la rédaction de cet article. Il nous est arrivé, trop souvent, de nous heurter à des lits trop hauts, de la moquette à poils longs où il était impossible de rouler le lève-personne, à des toilettes inaccessibles, etc. Le meilleur endroit où les lieux sont les mieux adaptés pour les personnes à mobilité réduite est les États-Unis. Le Québec a beaucoup à faire! Effectivement, le Québec accuse des retards importants en matière d’accessibilité. Malgré l’existence de divers règlements et lois, les personnes à mobilité réduite se heurtent quotidiennement à des lieux inaccessibles perpétuant des situations d’exclusion sociale.

La population des personnes à mobilité réduite est pourtant vaste. Au Québec, en 2017, on parlait d’environ 1,053,350 million de personnes, soit près de 16,1 % de la population. Au Canada, on en compte quatre millions. J’ai trop souvent vu des gens se stationner dans des endroits réservés pour personnes à mobilité réduite, sans vignette, qui n’hésitaient pas à me regarder dans les yeux lorsque je les observais. Je rage dans ces moments. Jocelyn n’hésite pas, quant à lui, à leur expliquer qu’il va devoir appeler la police. Ces gens n’ont pas conscience de leur geste. J’échangerais volontiers mon fauteuil contre leurs jambes. Vous savez pourquoi il y a des lignes jaunes à côté des stationnements pour handicapés? Pour permettre d’abaisser la passerelle et permettre la mobilité nécessaire pour que le fauteuil circule librement. Merci de respecter les espaces qui nous sont dédiés.

Les décennies passent et l’inaccessibilité demeure et ce, en dépit des progrès réalisés et des discours politiques vantant une accessibilité universelle. Pourquoi le gouvernement n’en fait-il pas plus pour s’assurer le libre accès aux fauteuils roulants peu importe l’endroit? Pourquoi n’est-il pas plus incisif? Après tout, nous ne sommes pas des citoyens de second ordre et nous payons nos taxes comme tout les gens qui ont leurs deux jambes.

Chantal Lanthier

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Quand le temps est compté

Le comédien Benoît McGinnis part à la rencontre d’Alyson, de Steve, de Norman et de Marie, des gens souffrant d’une maladie incurable. Ces personnes remarquables ont choisi de redéfinir les dernières pages de l’histoire de leur vie. C’est le thème du documentaire « Le temps qui compte » qui fut présenté lundi le 29 mars à 20 h sur ICI Radio-Canada Télé.

Ce documentaire touchant donne aussi la parole à ceux et celles qui, de par leur profession, doivent accompagner au quotidien des gens à qui on annonce une mort prématurée.

Voici quelques phrases dites par ces personnes atteintes d’un mal incurable et fatal.

J’espère qu’elles vous marqueront autant que moi, qu’elles résonneront en vous.

Alyson a 31 ans et est mère d’un garçon de 7 ans et demi. Elle est atteinte d’un cancer du sein métastatique, stade 4, avec des métastases aux os, au foie et au cerveau. Alyson et moi, on s’est FaceTimé une fois en 2017 via l’intermédiaire d’une amie commune, Pascale. Elle était au salon du livre de Rimouski lorsqu’elle m’a fait un FaceTime. Elle voulait me dire que j’étais une championne d’avoir écrit un livre tout en combattant la SLA. Je lui ai évidemment, retourné le compliment parce qu’elle aussi en a écrit un. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à la suivre sur les réseaux sociaux. À l’automne dernier, c’est avec tristesse que j’ai appris qu’Alyson était décédée. J’ai beaucoup de reconnaissance envers elle car, par son exemple, j’ai appris à apprécier chaque instant, à ne pas me laisser décourager par les journées plus sombres. Elle était un rayon de soleil pour plusieurs qui font face à la maladie.

Voici ce qu’elle a dit dans ce reportage :

• « Je vais savourer chaque moment; tout ce qui est beau, tout ce qui est bon, tout ce qui sent bon, tout ce qui est doux; comme si c’était la dernière fois ».

• « Faut toujours aller plus loin……faut réaliser ses rêves ».

• « Je danse avec la mort au quotidien et je ne suis pas malheureuse pour autant ».

 

Steve, 41 ans, qui a un diagnostic d’alzheimer précoce.

Voici ce qu’il a dit dans ce reportage :

• « C’est un malheur qui a finalement créé un bonheur ».

• « J’ai besoin de plus dans ma vie. La maladie m’a dit que je pouvais être qui je veux ».

 

Norman MacIsaac et moi partageons le même combat. Diagnostiqué de la SLA en 2014, il est un fervent militant pour l’accès aux traitements/médicaments auprès du gouvernement canadien et défenseur des personnes atteintes. Il siège sur différents comités afin de sensibiliser les parlementaires aux réalités que vivent au quotidien, les personnes atteintes. Il fait également des représentations auprès de Santé Canada pour rendre accessible la médication de d’autres pays. Auteur, grand voyageur, il tient un blog qui s’appelle « More-than-ALS » en plus de siéger sur le conseil d’administration de la Société de la SLA du Québec. Dans le documentaire, il apparaît aux côtés de son épouse Marie-Christine. Ils ont trois enfants. Je me suis évidemment reconnue dans leur histoire, leur positivisme, leurs regards échangés, dans leur complicité et dans ce sentiment d’urgence de vivre.

Voici ce qu’il a dit dans ce reportage :

• « Il faut trouver un sens à ce qui nous arrive ».

• « Dès le début, j’ai décidé de miser sur le positif au lieu de me promener comme un zombie qui attend la mort ».

• « Cette vulnérabilité est devenue ma force ».

• « Définitivement la vie devient plus précieuse. On apprécie les petites choses qu’on prenait pour acquis avant. Le vin goûte meilleur, l’air qu’on respire, les changements de saisons. Chaque journée est précieuse ».

• « On apprécie le voyage plus que la destination ». 

 

Marie-Kassia, 30 ans, qui est atteinte d’un cancer de la thyroïde incurable avec métastases aux poumons.

Voici ce qu’elle a dit dans ce reportage :

• « J’ai envie de faire plein de trucs, de voyager et surtout d’apprendre plein de choses nouvelles ».

• « J’ai de la gratitude à être encore en vie et je n’ai pas envie de gaspiller cette chance ».

• « Je dis ce que je pense et je ne m’emmerde plus à faire des trucs qui m’embêtent ».

• « Au final, la vie est une succession de leçons, je me suis retrouvée seule face à moi-même et ça c’est d’une valeur inestimable ».

L’annonce d’un diagnostic d’une maladie fatale constitue une perte de contrôle effrayante de sa vie, un chambardement de tous nos repères, une nouvelle dévastatrice. Comment se reconstruire suite à telle une annonce? Comment continuer d’aimer la vie? Pas facile! 

On se raccroche alors aux petits bonheurs de la vie comme celui d’être encore à la maison plutôt qu’à l’hôpital. On apprécie davantage ce qui s’offre à nous. On se contente de peu. On savoure chaque instants supplémentaires comme si c’était le dernier. On privilégie les liens du cœur et on établit nos priorités, ce qui est essentiel pour nous. On s’intériorise et on critique moins.

Quand le temps est compté, cela ajoute définitivement une valeur à la vie.

Si vous souhaitez regarder le documentaire :

https://ici.tou.tv/une-autre-histoire-le-temps-qui-compte/S01E01?fbclid=IwAR3jNyQ-5BH3L4_qnD4bGSKyOvB6FxINjjhZl7A3Uu5FcJoDAyhv2RvUG1A

 

 Chantal Lanthier

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Mes pensées

Je possède beaucoup de temps pour penser. Cela constitue une bénédiction et un malheur tout à la fois. Ma tête m’emporte loin parfois. Anticiper la mort ou me réfugier dans les souvenirs heureux. Mes pensées m’accompagnent pendant que mon corps s’effrite lentement. Je suis seule à réfléchir au meilleur comme au pire. Parfois, la tempête fait rage et le vent se lève. Je suis alors assaillie de sombres pensées. Dans ces moments, je suis envahie de doutes quant à ma capacité de composer avec la maladie.  Par contre, à certains autres instants, je ne remets aucunement en question ma condition et je me laisse aller à des pensées plus joyeuses. Comme vous, j’ai de bonnes et de mauvaises journées.

Depuis que mes mains sont devenues plus lentes et difficiles à bouger, je regarde davantage la télévision ou des séries en ligne. En furetant sur Netflix, je suis tombé sur une série appelée Heartland. Il s’agit d’une série télévisée canadienne créée d’après la série de romans  de  Lauren Brooke. Heartland est un ranch familial établi à Hudson, une petite ville fictive située près de Calgary en Alberta au pied des rocheuses. La vocation du ranch est d’accueillir et calmer les chevaux perturbés. Pour sauver l’entreprise familiale, Amy, alors âgée de 15 ans (au début de la série), décide d’exploiter son don qu’elle possède soit de murmurer à l’oreille des chevaux. Sa sœur, Lou, est contrainte de quitter son travail à New-York pour revenir à la campagne et aider Amy et son grand-père Jack à gérer le ranch.

Avant de mourir, la maman d’Amy et Lou avait engagé Ty Borden, un jeune homme en période probatoire. Ty cause quelques difficultés, mais aide finalement Amy à faire face aux obstacles qu’elle rencontre. Au fil des années, Amy va apprendre beaucoup de choses sur les chevaux, sur elle-même, et également sur l’histoire de sa mère à travers le regard des autres protagonistes.

Une histoire de clan, de famille, d’amitié mais surtout d’apprentissage de la vie à travers les épreuves du quotidien.  Les paysages sont splendides. Comme dans bien des familles, il y a des voyages mémorables, des fous rires innombrables, des chicanes et des raccommodages, des grands et de petits moments. La série est visionnée dans 119 pays et attire un million de téléspectateurs par épisode au Canada. Elle est actuellement la série canadienne la plus longue de l’histoire car elle s’étale sur 14 saisons.  On  voit les acteurs se transformés sous nos yeux de saison en saison.

À la saison 14 un terrible drame secoue Amy. Elle perd un être cher. Pendant toute la saison, elle va essayer de se remettre de ce tragique événement. Je vous ai dit plus haut que j’étais souvent dans mes pensées et bien….., je me suis demandé, en voyant cela, comment ma famille allait réagir à mon départ. Seront-ils capables de surmonter leur peine? Comment vont-ils réagir? Je sais, je sais! Vous direz sûrement que je me questionne trop mais comment faire autrement quand le seul atout encore fonctionnel est mon cerveau? Incapable de communiquer, emmurée dans mon corps, seules mes pensées m’habitent. Elles sont omniprésentes comme le ressac de la mer. Je ne peux les empêcher de venir et revenir. Je suis beaucoup dans ma tête.

On ne sait jamais ce qui nous attend au détour de notre vie. Perdre les gens qu’on aime, en fait partie. On doit tous en prendre conscience.  S’il y a une chose que j’ai apprise avec la SLA c’est que la tristesse est un état qui fait partie intégrante de la vie humaine et que le seul choix qu’il nous reste, c’est la manière dont on l’accueille quand elle frappe à la porte.

La mort est quelque chose de vrai. Personne ne sort vivant de la vie. La mort nous affecte tous à un moment donné. On ne peut prédire QUI va nous quitter et QUAND, malheureusement. Il faut du courage et de la force pour affronter la mort d’une personne chère à notre cœur. La meilleure façon selon moi est de se souvenir de la personne décédée, d’honorer sa  mémoire et d’aller de l’avant. De garder une parcelle d’elle en soi et de continuer d’aimer la vie. Je suis consciente qu’il leur faudra du temps pour apaiser leur peine et pour vivre leur deuil mais ce que je désire avant tout c’est qu’ils vivent heureux et profitent de la vie pleinement. Ils devront continuer d’avancer parce que c’est ce que je souhaite par-dessus tout.

« La mort ferme les yeux des mourants et ouvre ceux des vivants.» – Gilbert Cesbron

 

Chantal Lanthier

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Dans la différence se trouve la richesse

 

J’ai toujours prôné la différence. Ce qui nous rend unique est une richesse. Évidemment ne parler pas de ça aux adolescents. Période ingrate où tout ce l’on veut est de se fondre dans la masse. Ado, je détestais mes cheveux roux et frisés jusqu’à ce qu’un parfait étranger m’eût dit qu’ils étaient resplendissants de beauté. J’étais dans l’autobus par une  belle journée ensoleillée et ce monsieur est descendu du bus en me murmurant combien mes cheveux étaient beaux. C’était un compliment gratuit et combien significatif pour l’adolescente que j’étais. J’avais, chez moi, un atout qui me distinguait des autres. Pourquoi le cacher? Et si j’avais vu le jour en Irlande ou en Écosse, probablement que la couleur de mes cheveux serait passée inaperçue. Voulais-je assumer ma différence? Oui, définitivement! La différence est un avantage pour quiconque veut bien le recevoir. Il doit y avoir réciprocité, l’un doit faire preuve d’ouverture et l’autre doit transmettre. C’est par l’apprentissage et l’éducation que nous nous ouvrons à d’autres cultures, mœurs, genres, religions, etc…

Lorsque j’étais Chef des programmes au pénitencier de Joliette, mon travail consistait, entre autres, à mettre en place les pratiques pour les détenues autochtones. Je devais donc m’assurer auprès des aînés autochtones du respect des rituels et de la culture. J’ai ainsi été initiée à la spiritualité, nourriture et aux tradition autochtones.

Nous aurions avantage à nous inspirer de leur philosophie de vie à bien des égards, notamment en ce qui a trait :

1. Les citoyens des premières nations entretiennent une relation particulière avec la terre et tous les êtres vivants qu’elle abrite. Cette relation est fondée sur un lien profond avec la mère-terre qui a amené les communautés autochtones à pratiquer la vénération, l’humilité et la réciprocité. La terre donne vie, nourrit et maintient en vie. Elle nous donne les aliments, l’air et l’eau dont nous avons besoin. Amoureux de la nature, ils ont développé une compréhension du monde basée sur le fait que chaque élément de la nature, vivant ou non, possède un esprit. Ils ont donc un grand respect pour le vivant.

2. La fonction des aînés est également fondamentale lorsque nous parlons de culture autochtone. Ils sont généralement ceux qui acquièrent la sagesse. Ils sont au cœur de la communauté et leur parole est respectée au plus haut point. Ils prennent une part active en participant comme bénévoles aux enseignements, dans leur communauté et sont une courroie essentielle de la transmission de la mémoire. Ils se sentent utiles. Les aînés jouent un rôle essentiel à titre d’enseignants et de modèles au sein de la communauté. Ils transmettent les traditions, les valeurs, les rituels et les pratiques aux jeunes générations. Chez les premières nations, il n’est pas rare de voir 3 générations sous le même toit. Les CHSLD n’existent pas.

3. La vision spirituelle des autochtones est des plus inspirantes. Selon elle, la nature et l’univers sont bienveillants et fournissent des enseignements à l’humain, qui peut en tirer des leçons de sagesse. La spiritualité n’est pas seulement une façon de voir le monde mais bien une façon de le vivre. L’âme est immortelle, elle passe du monde des humains au monde des esprits. Les hommes ne sont pas supérieurs aux animaux et ne contrôlent pas la nature. Il existe une interdépendance des hommes, des animaux et de la nature. Il est donc nécessaire de maintenir l’harmonie, d’assurer l’équilibre entre les hommes et les forces de la nature. Leur spiritualité tient davantage d’une vision du monde que d’un ensemble de pratiques culturelles précises. Selon cette perspective, le sacré imprègne toutes les dimensions de la vie : le genre humain s’efforce de parvenir à une existence holistique, équilibrée et harmonieuse. La spiritualité autochtone s’appuie principalement sur le fait qu’une âme est attribuée aux animaux, aux objets et aux phénomènes de la nature. Il est aussi possible pour l’être humain d’entrer en communication avec ces forces de la nature.

4. Chez les Autochtones, si un individu trouve une quantité de nourriture plus importante que celle dont il a besoin, il est de son devoir de partager les surplus avec les membres du groupe qui ont plus de difficulté à en trouver. Ainsi, les enfants, les aînés et les malades sont toujours pris en charge. Dans ce contexte de générosité, la pratique du don et du troc est courante. Lorsqu’un individu donne quelque chose (objet artisanal, pièce de vêtement, nourriture, outil, etc.), celui qui reçoit cherchera à donner quelque chose de valeur similaire en retour. Ce devoir moral de faire un échange est observé dans la majorité des nations autochtones. La gratitude constitue un concept fondamental : le genre humain témoigne de la gratitude au monde naturel pour l’abondance des cadeaux auxquels il doit sa survie et sa prospérité. Les valeurs et les traditions sont des cadeaux du Créateur. La sagesse, l’amour, le respect, la bravoure, l’honnêteté, l’humilité et la franchise aident à vivre et à guérir comme il se doit.

Il est évident que nous n’avons pas respecté l’héritage culturel et les traditions des peuples autochtones. Notre façon paternaliste et indifférente de traiter ce peuple a laissé des profondes séquelles chez la plupart d’entre eux et a eu un impact non négligeable sur leurs descendants. L’assimilation du peuple des premières nations, nous a fait oublier combien leurs enseignements et leur philosophie de vie sont merveilleux.

Pour moi, il ne s’agit pas d’idéaliser ce peuple mais avant tout d’en réhabiliter la richesse. Leur spiritualité me rejoint. Elle est empreinte d’humanisme, favorable à la diversité, axée sur le bien-être de la communauté, l’équilibre personnel et le profond respect de la nature.

« Ne juge pas de l’immensité du ciel bleu en le regardant à travers une paille », j’adore cette citation! Il faut élargir nos horizons et aller à la recherche des personnes, des peuples uniques pour découvrir toute la richesse qu’ils renferment en eux. Nous devons franchir les obstacles pour y arriver.

Regardez moi! Malgré mon fauteuil roulant, malgré l’absence de ma voix, malgré mon allure, je cache bien des merveilles…..lol. Il faut aller au-delà des apparences.

 

Chantal Lanthier

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