
Vous savez déjà, vous qui me suivez régulièrement, que mon amoureux fait beaucoup pour moi. En plus de s’occuper de mon « body », de me nourrir, de m’habiller, de courir mes nombreux rendez-vous médicaux, il doit également s’occuper seul de l’entretien de la maison. Récemment, avec l’arrivée du temps froid, je l’observais attentivement pendant qu’il râclait les nombreuses feuilles tombées sur le terrain. Moi, j’étais bien emmitouflée dans mon fauteuil roulant; lui, les traits tirés, suant, fatigué et contraint d’avoir à fermer la cour et de préparer l’extérieur pour l’hiver. Il n’en fallait pas plus pour que nous ayons une discussion franche sur ses limites et sur sa santé. Une communication fluide existe entre nous; c’est d’ailleurs ce qui fait notre force. Consciente que ma qualité de vie passe pas ses bras et sa capacité à exécuter les tâches, je me demandais ce qu’il ressentait vraiment. Surtout que dernièrement, il a dû passer des examens de routine pour le cœur et on lui a découvert quelques anomalies. Il a d’ailleurs repasser des examens complémentaires en médecine nucléaire. Le médecin l’envoie voir un cardiologue finalement afin de s’assurer que tout est sans problème.
Mon amour a eu 68 ans en octobre. Il ne les fait pas mais son corps le sait! Il vieillit et j’ai souvent l’impression que je suis un fardeau pour lui. Il me rassure à ce niveau. Nous avons donc débuté notre discussion en essayant d’identifier ce qui pourrait constituer un allégement de ses tâches. Nous avons déjà quelqu’un qui vient faire le ménage. Jocelyn me confie alors qu’il est vraiment tanné de monter et descendre les escaliers. Il faut comprendre que notre maison est à palliers multiples. La laveuse et sécheuse sont trouvent au sous-sol alors que le bureau et le garde-robe sont situés à l’étage. Nous avons également 2 marches qui séparent la cuisine et la salle à manger et 2 marches du vestibule d’entrée au salon. Une plate-forme élévatrice me permet de circuler au rez-de-chaussée. Jocelyn a donc toujours l’impression d’être dans les marches et cela ne lui plait pas. De plus, il me révèle que l’entretien de la maison et du terrain sont devenus des corvées pour lui. À deux, l’un peut motiver l’autre mais dans ma condition j’ai beau dire : « il faudrait qu’on ferme la cour », le « on » se conjugue au masculin singulier. La solution évidente nous est apparue pendant notre discussion. Il fallait vendre la maison et s’installer en condominium. Fini les escaliers et l’entretien. Mon amour fait beaucoup pour moi et n’a pas choisi ma condition alors le moins que je puisse faire pour lui est de lui alléger ses responsabilités. Je veux le garder encore longtemps à mes côtés. Que voulez-vous ? C’est ça l’amour.
Étant axés sur le mode solution, cette idée de déménagement a fait son bout de chemin dans nos têtes. Ne voulant perdre nos contacts, notre médecin et forcément de devoir recommmencer au bas de la liste nos démarches avec le CLSC, nous nous sommes renseignés sur le territoire desservi par ce dernier. Il est impératif pour nous de respecter ce secteur. Nous sommes actuellement en processus de confier notre maison a un agent immobilier. Il nous faudra, évidemment, vivre un autre deuil. Celui d’une maison qu’on avait choisie, celui d’une cour fleurie, d’un quartier remplie d’arbres, de mes oiseaux qui venaient me rendre visite. Ça me brise le cœur mais il faut avancer et demeurer conscients que ma situation ne va pas s’améliorer avec le temps. Aussi bien agir tout de suite pour notre bien-être. Jocelyn pourra ainsi se concentrer sur ce qui compte vraiment c’est-à-dire MOI! Je fais des blagues mais à peine…
Il nous faudra aussi vider la maison. Non mais qu’est-ce qu’on en ramasse des choses quand on a une maison! Et en plus, lorsque ton mari est bricoleur, c’est vraiment décourageant! Des choses inutiles, « des au cas où j’en aurais de besoin », des souvenirs, des choses utiles mais qui ne seront plus nécessaires en condo. Je vais faire une Marie Kondo de moi. Dans son livre « Le pouvoir étonnant du rangement » qui s’est vendu à des millions d’exemplaires, elle nous suggère de prendre chaque objet de la maison et de nous demander si cet objet nous apporte une étincelle de joie. Je peux vous d’avance vous confirmer qu’il y aura bien des objets qui vont prendre le bord. Le bord de Marketplace ou Kijiji, le bord du recyclage, des fripperies, le bord des donations ou tout simplement de la poubelle. Fini d’accumuler des objets. Nous allons vider cette maison de tout ce qui encombre nos étagères, armoires, fonds de placards et objets intouchés depuis des lustres. Nous n’aurons qu’un seul objectif : déménager léger. Libérer son espace pour libérer son esprit.
La maladie et la proximité avec la mort m’avaient déjà menée à une profonde réflexion sur la décroissance et la surconsommation. Nous trépassons avec rien d’autre que notre âme. Mon rapport avec les biens a beaucoup changé depuis quelques années. J’ai effectivement réalisé que mon bien-être ne résidait pas dans les objets mais plutôt dans le partage des liens et des expériences que je vis avec mon entourage.
Ce grand projet de déménagement nous tiendra, assurément, occupé pendant les prochains mois. Avec la SLA, il faut continuellement s’adapter; on est habitué. On fait ça depuis 7 ans bientôt. La vie est faite de projets. Je vois tout ça comme une belle aventure. Rêver nous amène ailleurs et personnellement quand je rêve, j’oublie que je suis prisonnière de mon corps.
Chantal Lanthier
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