Compter les moutons

La nuit passée, j’étais incapable de m’endormir. Ça m’arrive à peu près aux deux mois. J’ai vu minuit, puis une heure, puis deux et ainsi de suite. Je me suis finalement endormie à six heures du matin pour me réveiller en sursautant à sept heures. Par chance, je suis à la retraite. Je peux récupérer durant la journée en faisant une petite sieste. C’est fou le tas de trucs moches qui te passent par la tête quand tu fais de l’insomnie : « Qu’est-ce que je mangerais bien demain pour souper, est-ce que j’ai rêvé ça mais il me semble que ma mère prenait du thé pour déglacer sa sauce brune, qu’est-ce que je pourrais écrire comme nouvelle chronique? Pourquoi pas une chronique sur l’insomnie….. ». Ça finit plus! Toutes ces pensées totalement futiles qui n’en finissent pas de finir!

Depuis que j’ai été diagnostiquée de la SLA, ce qui me tient éveillée c’est la douleur physique. Aussitôt que je me mets au lit, je sais si je vais passer une bonne nuit ou non. Quand s’installe la tension musculaire, la raideur, les crampes et les fasciculations (sautillement des muscles) je sais alors que je ne suis pas prête de m’endormir. Mes doigts et mes orteils pianotent au rythme d’une mélodie hors de mon contrôle. Je suis parcourue d’étranges frissons indiquant clairement que mon système nerveux est déréglé. J’ai déjà lu que plusieurs personnes souffrant de la SLA avaient de la diffulté à dormir. Les premiers temps après le diagnostic se sont surtout les questions existentielles et relatives à la maladie qui te hantent. Pourquoi moi? Comment vais-je faire? Comment mon amour fera t-il? Et financièrement, comment ferons-nous si j’arrête de travailler? Le stress est dans le tapis et le cerveau bouillonne. Puis les douleurs physiques s’installent peu à peu. Certains utilisent un vaporisateur sublingual d’huile de cannabis 50% THC et 50% CBD au coucher afin de les aider à mieux dormir. Au lieu de se réveiller toutes les 30 minutes, ils peuvent dormir de deux à trois heures consécutives. Moi, j’ai beau utiliser mes techniques de méditation, visualiser des endroits paisibles, me concentrer sur ma respiration, me parler pour tenter de relaxer mes muscles, rien n’y fait. Peut-être devrais-je utiliser le cannabis moi aussi. Ça me rappellerais des souvenirs d’adolescence……..

Savez-vous que chaque soir, un Québécois sur trois compte des moutons en espérant tomber dans les bras de Morphée. L’insomnie touche davantage les femmes et les personnes âgées. Selon les données colligées par l’Université Laval et l’équipe du professeur Charles Morin, les problèmes d’insomnie sont en hausse de 42% au pays. L’utilisation des écrans et des téléphones intelligents ne seraient pas étrangère à tout cela. Effectivement la lumière bleue trouble l’horloge biologique, affectant le cycle circadien qui indique au cerveau qu’il est temps de dormir ou d’être éveillé. Trop de temps le nez collé à l’écran avant d’aller au lit est extrêmement nuisible à l’endormissement. Mieux vaut lire un bon vieux livre pour détendre son cerveau. L’insomnie coûterait 6,6 milliards de dollars par an au Québec en consultations médicales, médicaments et perte de productivité.

Lorsque je travaillais je connaissais également de nombreuses nuits d’insomnie. J’étais tellement stressée que j’avais toujours un crayon et une feuille de papier sur ma table de chevet dans l’éventualité où il me viendrait quelque chose en tête durant la nuit. J’avais effectivement réalisé qu’en écrivant mes pensées elles disparaissaient de mon esprit, du moins pour un moment. Je rageais de ne pas pouvoir m’endormir. Mes journées étaient ponctuées de problèmes de mémoire et de concentration, de manque de vigilance, de maux de tête et d’humeur morose. Je me rappelle que j’en avais parlé à mon médecin de famille qui m’avait dit que l’insomnie occasionnelle n’est pas dangereuse. Elle m’avait aussi rassurée en me disant que je dormirais bien la nuit suivant la période d’insomnie. Mon corps et mon cerveau allaient finir par capituler. Elle m’avait conseillé de me lever si après 20 minutes, je ne dormais toujours pas.

Savez-vous que la nuit, le cœur ralentit et la pression artérielle baisse d’environ 10 à 15 %? Cela permet à l’organisme de ralentir la cadence, de réduire la pression, et aussi d’abaisser son stress, un des responsables d’une haute tension artérielle. Chez les adultes, et même chez les adolescents, on observe qu’un sommeil trop court ou de mauvaise qualité influence la tension à la hausse. Chez des sujets dormant cinq heures par nuit, on a observé un risque doublé de développer de l’hypertension artérielle comparativement à des personnes dormant sept à huit heures par nuit.

Il n’est pas toujours évident de dormir à poings fermés surtout quand la douleur physique, stress et préoccupations sont au rendez-vous. Ne vous en faites pas trop avec tout ça. Le hamster envahissant finira tôt ou tard par quitter votre demeure. Il est juste de passage et finira par prendre des vacances et par le fait même vous aussi.

Source :
TVA nouvelles du 18 janvier 2019

Chantal Lanthier

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