Dans ma tête…

Il s’en passe des affaires dans ma tête. Outre le fait que mes motoneurones meurent peu à peu, ça fourmille d’idées et de pensées de toutes sortes. J’ai toujours été ainsi! Cela n’est pas nouveau avec l’arrivée de la maladie. J’étais de celles qui portait la charge mentale de la famille. Rendez-vous médicaux, planification des achats et de l’épicerie, de la rentrée scolaire, des activités de loisirs, j’avais la charge de tout; comme bien des femmes d’ailleurs. J’étais essoufflée et devais me faire des « to do » listes pour y arriver. Mon amour était un parfait exécutant. Il me demandait souvent: « Dis-moi, simplement, ce dont tu as besoin que je fasse ». Il ne voulait simplement pas prendre le leadership ou c’est peut-être moi qui en prenait trop sur mes épaules. Bref, j’assumais toute la planification sauf celle reliée aux voitures, à l’entretien de la maison et du terrain. Ce rôle le voulais-je vraiment? Je ne sais pas trop! Il n’en demeure pas moins qu’avec mon bouillant caractère, je dois admettre que je préfèrais grandement que les choses se passent à ma façon et à mon rythme. Jocelyn a toujours été un excellent collaborateur. Il suffisait simplement que je lui indique ce qu’il y avait à faire et il s’exécutait sans jamais rouspéter. Nous partagions les tâches domestiques à part égale.

Depuis que j’ai la SLA, évidemment les choses ont un peu changé. Je ne peux mettre à exécution mes idées. Ne pas pouvoir faire soi-même les choses peut s’avérer frustrant parfois, même souvent. Avant, je pouvais réaliser et effectuer les idées qui me venaient en tête. Maintenant, je dois négocier et attendre que quelqu’un les exécute pour moi. Par exemple, si je veux acheter un produit spécifique à la pharmacie pour que mes vêtements sentent bons. Je dois demander à Jocelyn de m’y amener. Ensuite, comme c’est lui qui fait la lessive, il me demandera de justifier cet achat et me disant probablement «On a pas besoin de ça! ». Et moi, de le convaincre de l’utilité de ce produit. À l’époque où j’avais ma pleine autonomie, comme c’était simple! J’embarquais dans ma voiture et hop, j’achètais la chose que je voulais.

Il en va de même pour les plus petites choses. Replacer un cadre qui n’est pas droit, planter mes fleurs comme je le voudrais, ranger ou déplacer des choses, tout ce qui fourmille dans ma tête, tous mes désirs, mes envies doivent obligatoirement passer par les bras d’une autre personne. Et cette personne n’est pas toujours disposée à exécuter cette tâche au moment où je le veux. Alors, j’attends…….parfois quelques jours. Une petite voix s’installe en moi pendant que j’attends. Elle me murmure : «Lâche prise Chantal, choisis tes batailles»! Et parfois, je réussis à me convaincre que ça n’en valait pas la peine et j’abandonne. Parfois, j’insiste et mon amour le fait pour me faire plaisir mais je sens bien que son coeur n’y est pas.

Ceux qui me connaissent savent que j’ai toujours été une femme indépendante. J’ai véçu à fond mes désirs de vie et c’est pour ça que je n’ai aucun regret aujourd’hui malgré ma condition. Je voulais quelque chose et je l’obtenais. L’essence même de ce que je suis, la leader, la planificatrice, l’engagée croquant à plein la vie, en prend un sale coup! Vous savez de quoi j’ai le plus peur : d’abdiquer. J’ai peur qu’à force de ne plus réaliser mes envies, mes idées, mes rêves (et cela passe par mes désirs les plus banals), je cesse d’être moi et que je devienne l’ombre de moi-même. Je me suis longtemps définie par l’action. La vie, ça bouge! Je ne peux concevoir un avenir sans passions à assouvir, sans rêves à réaliser, sans avoir l’impression que je tiens fermement les rênes de ma vie en mains. J’ai peur de m’éteindre à force d’abandonner les petites choses du quotidien auxquelles je crois. Dois-je intervenir, partager mes idées, insister ou laisser tomber en me disant que ça ne sert à rien et que l’autre le fera à sa façon et en son temps anyway? Je ne peux me résoudre à me bercer, à regarder la télévision continuellement. J’ai un sentiment d’urgence de m’investir à fond dans la vie même si ma condition fait en sorte que je dois passer par quelqu’un d’autre pour réaliser mes envies.

Le plus grand défi me concernant est d’accepter que l’autre possède son propre rythme. Je dois me parler, respirer un grand coup, quand je vois mon amour assis dans le fauteuil à relaxer alors qu’il pourrait bouger. Lui est en mode relax, y’a rien qui presse, et aspire à la tranquillité. Et moi, je carbure à fond aux projets de toutes sortes. Moi, j’ai l’urgence de vivre, d’explorer, d’être stimulée intellectuellement. Nous devons donc nous ajuster et régler notre tempo. Lui me ralentit et moi je le tire. Nous devons parvenir à trouver cet équilibre sans quoi nous nous épuiserons mutuellement. C’est paradoxal car lui possède le corps pour réaliser ce que je voudrais tellement faire (bouger au sens large). Il préfère lenteur et tranquillité tandis que moi, je suis enfermée dans un corps qui ne me permet plus de gigoter comme j’aimerais tant pouvoir le faire. Je suis toutefois consciente que je ne peux forcer l’autre continuellement. La maladie a envahi MON corps et je dois assumer, seule, cette situation forcée. Je dois tenir compte des limites de mon entourage et les accepter en me disant qu’ils font de leur mieux pour améliorer ma qualité de vie et que je suis chanceuse et privilégiée de les avoir à mes côtés.

J’ai assurément quelque chose à comprendre de cette situation. Y’en aura pas de facile comme on dit!

Chantal Lanthier

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Quand l’art apaise les maux

Tout a commencé avec mon amie Claudine Harnois. Ancienne choriste de Vocal 80, Claudine et moi avons immédiatement connecté pendant que nous chantions ensemble. Aujourd’hui, nous ne nous voyons qu’une fois par année et à chaque fois c’est un grand bonheur. Je ne parle peut-être plus mais Claudine et moi on se comprend du regard.

L’année passée, Claudine m’a offert un livre intitulé «Faire œuvre utile» d’Émilie Perreault. Dans ce livre, la chroniqueuse culturelle raconte comment la vie d’une personne peut être transformée par une oeuvre musicale, architecturale, litéraire ou encore en peinture. Ce livre est touchant et m’a fait réaliser combien il est vrai que l’art, sous toutes ses formes, apaise les maux les plus pénibles qui soient. L’art, à défaut de changer le monde, peut littéralement changer une vie! Elle nous invite à découvrir vingt histoires inspirantes où l’art a eu ce pouvoir de faire une différence. Quel livre magnifique! En passant, pour ceux qui ne voudraient pas acheter le livre, il y a aussi l’émission «Faire œuvre utile» qui est diffusée sur Ici Artv de Radio-Canada.

Avez-vous suivi l’émission Révolution à TVA où des danseurs amateurs et professionnels performent? La prestation de Yoherlandy, 27 ans, qui a dansé pour son frère emporté par une tumeur au cerveau, m’a émue au plus haut point et m’a fait verser quelques larmes. C’est fantastique de transmettre autant d’émotions sans parler. Avec la souplesse, la finesse et l’agilité de son corps, il a su nous faire comprendre sa tristesse et son désarroi. Quand nous laissons place à l’art dans notre vie, c’est avec puissance qu’il se manifeste.

Une musique, une sculpture, un tableau, peuvent-ils nous émouvoir ? Oui, d’autant plus qu’ils feront écho à nos expériences personnelles. Lorsque j’écoute mes chansons ou lorsque je regarde une toile de mon peintre préféré (Guy Morest, Annie Duranceau et Vigo), le soleil pénètre dans mon corps et me réchauffe, même s’il fait froid dans ma vie. Ça me fait le même effet à chaque fois. On sait que l’œuvre d’art naît de l’inspiration profonde de l’artiste. La palette des émotions est la matière première de l’art, du désir et des rêves. L’artiste nourrit son œuvre de ce qu’il ressent et souhaite partager ou raconter. Les sentiments qu’il y exprime favorisent la rencontre et la communion avec les autres. L’expérience si particulière se fait universelle. Sans imagination et sans créativité, l’art ne peut exister. Face à certaines œuvres, des émotions plus ou moins intenses viennent alimenter notre sensibilité.

N’importe quelle personne, qu’elle soit cultivée ou pas, peut s’émouvoir devant une œuvre d’art ou prendre plaisir à écouter une musique. Chacun interprète à sa manière, sans réfléchir et sans chercher à aller plus loin, l’objet de son plaisir. L’œuvre provoque la spontanéité de l’émotion, dans le sens où tout le monde est capable d’éprouver des sensations face à une œuvre. L’art peut rassembler, peut guérir, enrichir et transcender. Il peut nous stimuler et nous faire réfléchir. Il suscite le dialogue, nous amuse et nous divertit aussi. L’art cultive le goût et embellit le monde. L’art éduque notre perception, notre imagination, nos émotions et nos sens. Pour ma part, le temps d’un instant, il me fait oublier la maladie qui dévore mon corps.

Certains d’entre vous s’adonnent peut-être à un passe-temps et sont particulièrement créatifs alors que d’autres ne le font pas. Si vous saviez combien c’est thérapeutique! Le temps paraît s’arrêter quand nous sommes en mode création. Adieu soucis et mélancolie. On vit l’instant présent. L’art est un des moyens de guérison les plus anciens. La création d’œuvres est aussi un outil de communication efficace et puissant. L’art communique nos idées, exprime nos sentiments, traduit nos rêves et fait part de nos aspirations.

En plus des bienfaits psychologiques, le processus de création artistique a des effets physiologiques, dont la normalisation de la fréquence cardiaque, de la pression artérielle et de la sécrétion de cortisol (hormone du stress).

L’art transmet également culture et histoire. Je conserve, précieusement, les petits bonhommes de neige que ma mère s’amusait à fabriquer. Je la revois, assise à la table de la cuisine, avec tous ses accessoires. Le temps qu’elle pouvait y mettre! Elle produisait aussi des montages en trois dimensions à partir de dessins d’Anton Pieck (voir image), qu’elle faisait encadrer. Il lui fallait découper chaque pièce du dessin à quatre reprises pour ensuite les coller minutieusement pour leur donner du relief. Aujourd’hui, quand je regarde cette toile, j’ai l’impression d’avoir ma maman avec moi.

L’art fait partie intégrante de ma vie. Je remercie tous les artistes de contribuer à rendre notre vie plus belle et à nous faire vibrer.

Chantal Lanthier

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Confonter ses peurs

Longtemps, j’ai eu peur de la mort. Bizarrement, j’en suis plus proche que jamais et je n’ai plus peur d’elle. Comment suis-je arrivée à surmonter ma peur? Tout simplement en l’affrontant. On peut éviter d’en parler et faire comme si de rien était mais cela ne la fait pas fuir, malheureusement. On a beau l’enterrer, négocier, elle ne te lâche pas facilement; souvent la peur te paralyse et t’empêche d’avancer librement. La seule façon de t’en débarrasser est de la regarder dans le blanc des yeux, de la tenir fermement et d’entreprendre un questionnement réel sur la place qu’elle occupe dans ta vie et sur son impact quotidien. Après tout, selon moi, la peur de mourir n’est rien à coté de celle de ne pas vivre pleinement sa vie.

Placée devant les défaillances de mon corps, j’ai dû et je dois continuellement affronter mes peurs. Impuissante, vulnérable, je n’ai aucun autre choix que de me parler afin de les faire taire afin de ne pas les laisser me submerger. La peur peut prendre différentes formes selon l’enfance et les expériences que nous avons vécues. La peur de l’échec, de ne pas être à la hauteur, du rejet, de l’abandon, de ne pas être suffisamment aimé, du risque, nous amène à adopter des comportements qui freinent l’essence même de ce que nous sommes et de nos envies profondes. Souvent ce que les autres vont penser de nous (besoin de reconnaissance), nous empêche d’agir. Et qu’elles soient irrationnelles, résultant d’une hyper émotivité ou d’un traumatisme, nos peurs peuvent nous couper de toute une partie de notre potentiel et nous empêcher de réaliser nos rêves.

Voici mes trucs pour affronter mes peurs :

• Je les identifie, je les accepte et j’en parle. Surtout ne pas les refouler car c’est pire.
• Je me demande souvent quelles sont les pires choses qui pourraient m’arriver et comment j’y répondrais. En explorant les scénarios «catastrophe», je me rends compte que les vrais risques sont bien moindres que ce que j’imaginais. Et en y répondant, je réalise qu’il y a toujours des solutions à mes scénarios les plus angoissants.
• Je dresse un plan d’action pour faire face à ce qui me fait peur. Par exemple, j’ai peur de m’étouffer en mangeant. Jocelyn et moi, en discutant de ma peur, nous avons réalisé que la méthode Heimlich – en cas d’étouffement – ne peut être effectuée pour les personnes en fauteuil roulant. Jocelyn est donc allé suivre une formation spécifique pour les personnes atteintes de la SLA. Nous avons également fait l’achat d’un dispositif servant à déloger des objets pris dans la gorge. Nous avons agi et nous sommes prêts. Nous avons visualisé l’action et la façon dont nous allons procéder. En visualisant les difficultés que nous pouvons rencontrer, nous sommes mieux armés pour faire face à mes peurs.
• « Toujours » et « jamais » sont souvent utilisés lorsque nous éprouvons la peur. Ils constituent des concepts absolus qui ne nous amènent ni à effectuer les meilleurs choix, ni à les maintenir. Je privilégie une approche au jour le jour pour apprivoiser mes craintes. La loi du petit pas a porté ses fruits.

Tu peux passer ta vie à tracer des lignes et à ériger des frontières mais c’est bien plus stimulant de traverser ces lignes et de vaincre tes peurs. La vue de l’autre côté est fantastique et enivrante quand tu réussis à franchir ces limites. Se déploient alors d’infinies possibilités. « Tout le bonheur du monde est dans l’inattendu » disait Jean d’Ormesson. Souplesse et confiance sont des mots que j’inclus dans ma routine quotidienne. Je ne peux pas pas tout contrôler alors je fais avec!

On ne regarde pas la vie comme on regarde un match des Canadiens. Dans la vraie vie, le fait de gagner, de perdre ou d’être retiré se réalise continuellement et la partie continue, qu’on le veuille ou non. Alors allons-y, argumentons et changeons les règles, trichons un peu et tenons bon même si nous sommes blessés. Ne restons pas sur le banc, paralysés par nos peurs. L’important est de jouer; jouer rapidement et durement, détendus et affranchis. Jouer comme s’il n’y avait aucun lendemain parce que l’essentiel ne réside pas dans la victoire ou la défaite mais vraiment, dans «le comment » nous prenons une part active dans le match de notre vie.

Chantal Lanthier

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Pas bien du tout!

Vous êtes-vous déjà senti …….. pas bien du tout? Et quelques fois, ne pas savoir pourquoi vous ressentez ce sentiment? Mais vous sentez juste que le moral n’y est pas peu importe ce que vous tentez pour vous changer les idées. J’ai parfois des épisodes comme celui-là. Heureusement ces périodes passent et je retrouve ma joie de vivre. Ce n’est toutefois pas le cas de centaines de personnes qui ne voient aucune issue à leur nuage noir.

Effectivement :
• Chaque jour, 3 Québécois s’enlèvent la vie.
• En moyenne, 30 personnes par jour sont endeuillées par suicide au Québec.
• 76 personnes commettent une tentative de suicide chaque jour au Québec.
• Le gouvernement du Québec consacre à la santé mentale à peine 6 % des dépenses de programme du ministère de la Santé.
• Un Québécois sur cinq souffrira un jour d’une maladie mentale.

Mon père, ma sœur et ma cousine comptaient malheureusement parmi ces tristes statistiques car ils se sont enlevés la vie. Cela a eu évidemment un impact dans ma vie et dans celle de leur entourage. J’ai grandi sans papa pour me tenir la main et guider mes pas. Sans figure paternelle pour me conseiller et m’encourager.

La maladie mentale a fait d’importants ravages dans ma famille et m’a privée des relations saines avec mon frère le plus vieux ainsi qu’avec ma sœur.

Effectivement, les premiers symptômes d’une schizophrénie émergente se manifestent chez mon frère Mario alors qu’il est âgé de 17 ans. Après une rupture amoureuse douloureuse et une consommation régulière de cannabis et d’ecstasy, la paranoïa, l’agressivité et l’isolement viennent envenimer sa relation avec notre mère. Nous tentons de le convaincre d’aller consulter un médecin, sans succès. Un jour, suite à un incident violent, je demande à la police d’intervenir. Mon frère est hospitalisé au service de psychiatrie où, après plusieurs évaluations, on pose un diagnostic de schizophrénie paranoïaque. Mon frère ne cessera de m’en vouloir pour avoir appelé la police ce jour-là. Mario séjournera régulièrement en psychiatrie avant d’être placé dans un foyer supervisé. Il ne travaille pas et refuse encore, à l’occasion, de prendre ses médicaments. Il n’a plus jamais été le même depuis. Il a tenté de se faire oublier en ne donnant plus de nouvelles, coupant tous les ponts avec la famille.

Quant à ma sœur, elle a reçu un diagnostic de personnalité limite, était mythomane et abusait des drogues et de l’alcool. Nos relations ont toujours été à couteaux tirés notamment à cause de ses fabulations continuelles. Deux proches que j’ai perdus et que je n’ai pu voir évoluer à leur plein potentiel. Quel gâchis!

Le stress, l’angoisse, l’anxiété financière, l’épuisement professionnel, l’absence de reconnaissance, le rythme de vie effréné que notre temps nous impose, le boulot qu’on déteste, les problèmes familiaux ou de couple ou d’école mais aussi l’essoufflement vécu en tant que proche aidant sont autant de facteurs pouvant mener à la dépression. Le sentiment profond que personne ne peut venir en aide fait abstraction de tout. Il y a plein de gens qui meurent peu à peu de l’intérieur.

Choses à retenir lorsque vous êtes confrontés à des moments difficiles :

1. Tout peut -et va- s’améliorer. Aie confiance!
2. Tu as déjà surmonté d’autres défis auparavant et tu as réussi avec brio.
3. L’épreuve que tu affrontes est souvent une source d’apprentissages.
4. Ne pas obtenir ce que tu veux peut parfois être une bonne chose.
5. Permets-toi de t’amuser un peu, de te détendre même si ça ne te tente pas.
6. Sois indulgent envers toi-même.
7. La négativité des autres ne vaut pas la peine que tu t’inquiètes.
8. Il y a toujours, toujours, toujours quelque chose pour te faire apprécier la vie.

Comment aider :
• Un simple geste d’entraide, comme celui d’offrir une tasse de thé. Ce geste témoigne de votre disponibilité à écouter et à venir en aide.
• Ne bousculez pas celui ou celle qui a besoin d’aide. La personne se sent souvent dépassée par de simples tâches.
• Laisser savoir que vous êtes là et que cette personne peut compter sur vous. Votre présence peut faire une grande différence. La personne qui souffre perd souvent ses repères. Un sentiment profond de nullité, l’habite. Il est important de lui rappeler combien elle en vaut la peine et qu’elle peut s’appuyer sur vous.
• Dites-lui : « Je vais faire mon possible pour comprendre ce que tu vis ». Malgré qu’il soit parfois difficile de comprendre ce que la personne traverse, laissez-lui savoir que vous essayez de saisir ses émotions et difficultés.

Cette semaine, le 30 janvier, Bell pour la cause (santé mentale) vous sensibilisera.

S’il te plaît, prends soin de toi et sois attentif à ceux qui t’entourent. N’oublies jamais qu’il existe des ressources qui peuvent t’aider. Ne t’isoles pas et confies-toi à quelqu’un qui t’aime.

La vie c’est parfois une salope mais elle reste belle malgré tout!

Chantal Lanthier

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Déjà six ans!

Curieux comme certaines dates restent gravées à jamais dans notre mémoire. Le 22 janvier marque la date à laquelle j’ai reçu mon diagnostic. Oui, déjà six ans! Je me souviens parfaitement de ce jour de deux mille treize, où le neurologue m’annonçait la mauvaise nouvelle. «Je vais vous annoncer ce dont vous souffrez, commence-t-il d’un ton grave. Il va cependant falloir que vous ayez beaucoup de courage.» Je tremble. Jocelyn demeure impassible. « Chantal, vous êtes atteinte de la sclérose latérale amyotrophique, aussi appelée la SLA.» Je reste silencieuse, mais interrogative. Qu’est-ce que cette bibitte-là? Je n’ai jamais entendu parler de cette maladie ! Tout en contrôle, le neurologue continue de parler. Il donne lentement des explications. S’écoulent de sa bouche d’autres mots étranges, rares, que l’on n’entend que dans des films tristes où le drame nous arrache des larmes. Vient ce moment où il prononce quatre mots bien particuliers, qui tombent comme une lourde sentence: «maladie neurologique dégénérative incurable». Quatre funestes mots qui résonnent puissamment dans ma tête, telle une condamnation. Des mots qui coupent le souffle et tranchent tout espoir. Jocelyn se lève subitement et marche. Il se rend jusqu’au fond du bureau. En s’éloignant du médecin, il espère repousser les mots qu’il vient d’entendre, ignorer la sentence qui a déchiré le silence. Je le vois blessé, meurtri de l’intérieur. On le poignarde en anéantissant celle avec qui son bonheur s’est construit. L’émotion le submerge. Il sanglote et tourne en rond, comme une bête sauvage. Il se sent piégé. On lui enlève sa liberté d’aimer et de vivre avec son âme sœur. Il ne veut pas entendre, il ne peut plus en entendre davantage. Pour ma part, je reste assise, sans bouger, sans parler. Puis, je me décide à poser au médecin l’ultime question :

« Combien de temps me reste-t-il ? »
— Entre deux et cinq ans, répond le neurologue. Malheureusement, il n’y a aucun traitement possible.

Cette sanction de fin de vie arrive alors que je n’ai que 46 ans. Mais c’est trop jeune ! C’est trop injuste! Pour l’instant, je refoule cette révolte en dedans de moi. Je demande des précisions au médecin: «Ça va se passer comment?» La tonalité de la voix du spécialiste ne change pas. Pourtant, ses propos prennent une dimension effrayante: «Votre corps va graduellement arrêter de fonctionner. Il va vous abandonner et paralyser. Seuls votre cerveau, vos yeux et vos fonctions urinaires et sphinctériennes seront épargnés. À la toute fin, votre diaphragme cessera de fonctionner et vous arrêterez alors de respirer. »

J’ai la tenace impression qu’on me torture. Pourtant, rien ne paraît à l’extérieur! J’ai l’impression que l’on me lacère la chair. Pour l’instant, les digues tiennent. La peine ne m’a pas encore noyée, ce qui me permet de dire au médecin : « Parfait. Rien d’autre ? » Le médecin répond que non, puis il ajoute : « Nous sommes là pour vous ». Machinalement, nous enfilons nos manteaux, saluons le médecin et quittons les lieux. Je suis entrée dans ce bureau comme une patiente inquiète, j’en ressors comme une condamnée à mort, en plein désespoir. Alors que notre vie bascule, je suis étonnée de constater le calme ambiant qui nous environne et qui persiste. Mais ne savent-ils pas que je vais mourir!? Je vois la secrétaire répondre à un appel sans se soucier de nous. Des gens patientent devant l’ascenseur. Je ne reçois aucune marque de sympathie. Le monde ne devrait-il pas chavirer avec nous ? L’écart entre ce que je vis et la réalité des autres est disproportionné, à mes yeux. Un abîme nous sépare. Le clash est assommant.

Nous voici désormais à l’extérieur de l’hôpital. Malgré l’air pur et froid, nous ne ressentons aucun sentiment de liberté. Jocelyn et moi avons l’impression d’être enchaînés à un destin tragique. Ce n’est qu’une fois assise dans la voiture que mes digues lâchent. J’éclate en sanglots. Je hurle, fendant l’air de cris de désespoir. Je me révolte devant l’injustice qui m’accable. La foudre vient de me frapper, brûlant tout sur son passage. Je pleure pour éviter de mourir sous l’emprise de la douleur. Nous nageons en plein cauchemar et sommes en état de choc. Je n’ai rien vu venir. Pas un soupçon, aucun doute. J’ai l’horrible sentiment de m’être fait rouler dessus par un dix-huit roues.

Il s’en est passé du temps depuis cette annonce du médecin spécialiste. Oui, bien du temps qui m’a permis de réaliser, malgré la dégénérescence de mon corps, que:
• le temps est un précieux cadeau;
• l’essentiel réside souvent dans les moments que l’on partage avec ceux qu’on aime;
• les enfants sont des bouffées d’air frais;
• nourrir son âme et sa foi sont un placement sûr;
• la proximité de la mort, m’a fait réaliser qu’il ne faut pas en avoir peur;
• le matériel n’a plus aucune valeur au moment de la mort;
• les liens du coeur sont les plus importants;
• la santé nous rend invincibles et nous permet de réaliser nos passions les plus folles;
• il y a une vie après et malgré un diagnostic de maladie incurable;
• être différent c’est aussi être unique;
• le corps est un véhicule dont il faut prendre soin, certes, mais il n’est rien s’il n’est pas nourri de bienveillance et de gratitude;
• la nature est source de plénitude et de réconfort;
• le rire contribue à une bonne santé mentale;
• le chocolat guérit bien des maux;
• s’entourer de gens lumineux nous fait rayonner;
• être indulgent envers soi-même est toujours une bonne médecine;
• celui qui ne risque jamais rien, ne gagne jamais rien;
• le positif attire le positif;
• l’impatience, quoique humaine, ne mène nulle part;
• les mots les plus intenses peuvent être dits avec le seul soutien d’un regard.

La chose que j’ai surtout apprise c’est qu’être bien entourée, amène réconfort et chaleur lorsque la tempête sévit. Je crois fermement que sans « mes précieux » jamais, je n’aurais pu dépasser l’espérance de vie que l’on m’avait prédit. Preuve est faite que les statistiques existent pour être déjouées. La vita e bella!

Chantal Lanthier

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