
Je possède beaucoup de temps pour penser. Cela constitue une bénédiction et un malheur tout à la fois. Ma tête m’emporte loin parfois. Anticiper la mort ou me réfugier dans les souvenirs heureux. Mes pensées m’accompagnent pendant que mon corps s’effrite lentement. Je suis seule à réfléchir au meilleur comme au pire. Parfois, la tempête fait rage et le vent se lève. Je suis alors assaillie de sombres pensées. Dans ces moments, je suis envahie de doutes quant à ma capacité de composer avec la maladie. Par contre, à certains autres instants, je ne remets aucunement en question ma condition et je me laisse aller à des pensées plus joyeuses. Comme vous, j’ai de bonnes et de mauvaises journées.
Depuis que mes mains sont devenues plus lentes et difficiles à bouger, je regarde davantage la télévision ou des séries en ligne. En furetant sur Netflix, je suis tombé sur une série appelée Heartland. Il s’agit d’une série télévisée canadienne créée d’après la série de romans de Lauren Brooke. Heartland est un ranch familial établi à Hudson, une petite ville fictive située près de Calgary en Alberta au pied des rocheuses. La vocation du ranch est d’accueillir et calmer les chevaux perturbés. Pour sauver l’entreprise familiale, Amy, alors âgée de 15 ans (au début de la série), décide d’exploiter son don qu’elle possède soit de murmurer à l’oreille des chevaux. Sa sœur, Lou, est contrainte de quitter son travail à New-York pour revenir à la campagne et aider Amy et son grand-père Jack à gérer le ranch.
Avant de mourir, la maman d’Amy et Lou avait engagé Ty Borden, un jeune homme en période probatoire. Ty cause quelques difficultés, mais aide finalement Amy à faire face aux obstacles qu’elle rencontre. Au fil des années, Amy va apprendre beaucoup de choses sur les chevaux, sur elle-même, et également sur l’histoire de sa mère à travers le regard des autres protagonistes.
Une histoire de clan, de famille, d’amitié mais surtout d’apprentissage de la vie à travers les épreuves du quotidien. Les paysages sont splendides. Comme dans bien des familles, il y a des voyages mémorables, des fous rires innombrables, des chicanes et des raccommodages, des grands et de petits moments. La série est visionnée dans 119 pays et attire un million de téléspectateurs par épisode au Canada. Elle est actuellement la série canadienne la plus longue de l’histoire car elle s’étale sur 14 saisons. On voit les acteurs se transformés sous nos yeux de saison en saison.
À la saison 14 un terrible drame secoue Amy. Elle perd un être cher. Pendant toute la saison, elle va essayer de se remettre de ce tragique événement. Je vous ai dit plus haut que j’étais souvent dans mes pensées et bien….., je me suis demandé, en voyant cela, comment ma famille allait réagir à mon départ. Seront-ils capables de surmonter leur peine? Comment vont-ils réagir? Je sais, je sais! Vous direz sûrement que je me questionne trop mais comment faire autrement quand le seul atout encore fonctionnel est mon cerveau? Incapable de communiquer, emmurée dans mon corps, seules mes pensées m’habitent. Elles sont omniprésentes comme le ressac de la mer. Je ne peux les empêcher de venir et revenir. Je suis beaucoup dans ma tête.
On ne sait jamais ce qui nous attend au détour de notre vie. Perdre les gens qu’on aime, en fait partie. On doit tous en prendre conscience. S’il y a une chose que j’ai apprise avec la SLA c’est que la tristesse est un état qui fait partie intégrante de la vie humaine et que le seul choix qu’il nous reste, c’est la manière dont on l’accueille quand elle frappe à la porte.
La mort est quelque chose de vrai. Personne ne sort vivant de la vie. La mort nous affecte tous à un moment donné. On ne peut prédire QUI va nous quitter et QUAND, malheureusement. Il faut du courage et de la force pour affronter la mort d’une personne chère à notre cœur. La meilleure façon selon moi est de se souvenir de la personne décédée, d’honorer sa mémoire et d’aller de l’avant. De garder une parcelle d’elle en soi et de continuer d’aimer la vie. Je suis consciente qu’il leur faudra du temps pour apaiser leur peine et pour vivre leur deuil mais ce que je désire avant tout c’est qu’ils vivent heureux et profitent de la vie pleinement. Ils devront continuer d’avancer parce que c’est ce que je souhaite par-dessus tout.
« La mort ferme les yeux des mourants et ouvre ceux des vivants.» – Gilbert Cesbron
Chantal Lanthier
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