Juste du bon……

Avec la maladie, je regarde forcément plus de télévision. Je suis accro aux séries. Ma fille Maya m’a dit : « Maman, je crois que tu vas aimer cette série. Je te connais assez pour savoir qu’elle va te plaire ». Avez-vous suivi la série Notre vie (This is us) diffusée à Radio-Canada? De loin, la série la plus touchante que j’ai écoutée de ma vie. Maya avait raison. Pas de bing-bang, pas de révolver, pas de tuerie, pas de violence. Juste du bon. Cette série relate avec, tendresse et humour, le destin de quatre personnes d’une même famille qui partagent la même date d’anniversaire. Au fil de l’histoire, leurs chemins se croisent et leurs vies s’entremêlent, et nous apprenons que, bon nombre d’entre eux, ont bien plus en commun que leur date d’anniversaire. Une fresque sur trois générations en forme d’album de famille.

Cette série est d’une honnêteté rafraîchissante et inclusive. Elle met en lumière les vrais sentiments et les valeurs que nous souhaitons tous voir éclore dans notre famille et notre société. Les « je t’aime » pleuvent mais sans verser dans le mélodramatique. Cette série fait du bien à l’âme et nous réconforte même si elle aborde des thèmes délicats comme la solitude, la maladie et la mort.

Cette série m’a captivée, m’a fait rire et pleurer avec un récit à priori des plus simples (je dis souvent que le bonheur est dans les choses simples!). Elle réussit à faire résonner une foule de sentiments universels qui nous concernent tous. Les personnages font face à des enjeux semblables aux nôtres et leurs interrogations sont identiques. Ils veulent faire les bons choix, aller de l’avant, évoluer en s’assumant.

Un passage m’a particulièrement marqué (saison 1 – épisode 5) et j’ai pris le temps de le noter :

« J’ai fait cette peinture parce qu’elle parle de la vie. La vie est pleine de couleurs et chacun de nous arrive et apporte sa propre couleur. Même si ce tableau n’est pas très grand, vous devez imaginer qu’il n’a pas de bords, pas de fin, qu’il se prolonge à l’infini dans toutes les directions; comme la vie. Et c’est dingue de se dire, quand on se met à y réfléchir, qu’il y a environ cent ans, un homme que je n’ai jamais vu, a débarqué à New-York avec simplement une valise. Qu’il a eu un fils, qui a eu un fils, qui m’a eu moi. En réfléchissant à cette peinture, je me suis d’abord dit que je mettrais la vie de cette homme dans un coin opposé à la mienne mais en commençant à peindre je me suis dit, qu’en fait, tous les deux on était partout et qu’on était même dans ce tableau avant notre naissance et donc aussi, après notre mort. Et qu’on ajoute des couleurs qui se superposent, qui se mélangent entre elles jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de couleurs, plus de différences et qu’on forme un tout, une peinture. Mon papa n’est plus là maintenant. Il n’est plus en vie et pourtant il est avec nous. Il ne nous quitte jamais. Tout est lié en quelque sorte même si ça ne se remarque pas au premier coup d’œil. Des gens mourront durant notre vie, des gens que nous aimons, dans très longtemps, peut-être demain ou dans quelques années. Je trouve ça incroyable de pouvoir se dire que même si une personne meurt et donc, qu’on ne pourra plus la voir ou lui parler, elle restera toujours dans le tableau. C’est peut-être la leçon qu’on peut retenir de cette peinture. Il n’y a pas de mort, il n’y a pas de vous, de moi ou d’eux, il n’y a que nous. Et cette chose brouillonne, colorée, sauvage, magique aussi, qui n’a pas de commencement ni de fin et bien cette chose……elle est ici, c’est nous ».

C’est un sentiment que je ressens beaucoup ces temps-ci. Être un élément, un maillon dans le sens où je m’insère dans quelque chose de plus grand. Une prise de conscience de ma condition et de ma place au milieu des autres et de l’univers. Une couleur unique sur la toile, une couleur qui laissera une trace, une couleur parmi tant d’autres qui, quand on la regarde de plus loin, permet d’y voir une œuvre splendide et unique; la vie.

Si vous ne l’avez pas encore regardée, courez vite vous la procurer. Elle est disponible sur Netflix en anglais et sur Itunes Store.

Ah! La vitamine V (vert)

Êtes-vous plus du type plage ou randonnée en forêt? Quand vous pensez relaxation, quelle image vous vient en tête? Je suis certaine que peu importe l’idée que vous avez eue, elle inclut un élément de la nature. Moi, ce sont les balades en forêt qui me font tripper. Ces instants magiques où, entourée par les arbres, j’écoute le vent qui déplace les feuilles. J’aime me laisser bercer par le chant des oiseaux. Je me laisse éblouir par toutes ces couleurs verdoyantes. Et que dire des odeurs? Je ferme les yeux et me laisse imprégner de la paix qui habite les lieux. Je me mets en mode « veille », comme l’écran de mon ordinateur. Je ne fais rien. Je contemple la vie. Je laisse la nature et son harmonie s’infiltrer en moi et je fais le plein de lumière. Je me concentre sur mes sensations. Je prends contact avec l’énergie qui circule autour de moi.

Être au crépuscule de sa vie offre une vision bien différente des choses. La beauté de la nature m’interpelle davantage. J’ai la conviction d’en faire partie intégrante. « Regardez bien la nature et vous comprendrez tout », disait Albert Einstein.

J’adhère au principe d’une nouvelle maxime : « Ne pas déranger, s’il vous plaît, je suis occupée à prendre mon temps. » Cela peut sembler paradoxal, mais moins j’ai de temps devant moi, plus j’ai envie de ralentir.

Ai-je besoin de vous rappeler les bienfaits de se retrouver en nature? Prévenir la déprime, augmentation de la productivité, baisse des troubles respiratoires bien sûr, mais aussi de la pression artérielle et du cortisol, (hormone du stress) ou encore amélioration de l’immunité. Il semblerait qu’après deux journées de promenade en forêt, les effets seraient visibles durant un mois. De quoi donner la piqûre d’aller jouer dehors!

Le psychologue cognitif David Strayer avance l’hypothèse que « le fait d’être dans la nature permet à notre cortex préfrontal, le centre de contrôle de notre cerveau, de ralentir et de se reposer, à la manière d’un muscle surmené ».

Au Japon, des chercheurs ont découvert que les gens qui s’adonnent au shinrin-yoku, ou «bain de forêt », inhalent des « bactéries bénéfiques, des huiles essentielles issues des plantes et des ions chargés négativement », qui interagissent avec les bactéries intestinales pour renforcer le système immunitaire du corps et améliorer la santé mentale et physique.

À chaque fois que je reviens de mes ballades en forêt je me sens énergisée et stimulée. Faire le plein de vitamines V (Vert) est vraiment un essentiel pour m’aider à maintenir une bonne santé mentale. Et vous?

Le bonheur m’habite malgré tout

Récemment, j’ai accepté de participer à une étude portant sur le bien-être lorsqu’on est atteint d’une maladie incurable et mortelle. Le chercheur associé à l’Institut de neurologie de Montréal m’a demandé ce que la maladie avait changé dans ma vie et comment je réussissais à garder mon positivisme malgré la tempête qui fait rage en moi. La recherche a pour but de comprendre comment les personnes, comme moi, atteignent et maintiennent cet état de bien-être pour éventuellement aider des personnes dans des situations médicales semblables mais qui ont des difficultés à y parvenir.

Sur le moment je n’ai pas trop su quoi répondre. Un moment de réflexion s’imposait! Pourquoi et comment je parviens au bonheur? En ce mois de sensibilisation à la SLA, j’ai décidé de partager avec vous mes idées et pensées sur la question.

Évidemment avec la SLA, j’ai dû faire de nombreux deuils : mon travail, la danse, le chant, la moto, cuisiner, ne plus pouvoir venir en aide aux personnes que j’aime, la perte de mon autonomie, nager, ne plus aller au restaurant (ma nourriture doit être broyée et je fais des dégâts en mangeant), ne plus conduire ma voiture, etc…. Il y a aussi le fait de voir mon corps dépérir et ne rien pouvoir faire pour éviter ma descente. Imposer ma condition à mes proches, surtout à mon conjoint, qui est devenu aidant naturel du jour au lendemain, m’est aussi très difficile.

Les moments de découragement sont survenus dans les trois mois suivants le diagnostic. Je pleurais beaucoup et n’avais envie de rien. Mais après un bout de temps, je me suis dit : qu’est-ce que je veux faire du reste de ma vie ? Sans compter que j’avais une adolescente qui me regardait. Quelle image lui laisserai-je ? Puis, ce fut graduel. Plus j’apprivoisais ma condition, plus ma dimension spirituelle se développait. J’acceptais ma trajectoire. Ça prend du temps pour intégrer la situation dans laquelle on est désormais placé, l’accepter, s’y résigner et ce processus varie d’une personne à l’autre. Pour moi, ce fut 3 mois alors que pour d’autres…….

Étrangement la maladie me transforme et m’ouvre davantage à la vie et cet aspect constitue un point positif. C’est la réflexion que je fais face à moi-même et face à ma situation qui rend possible cette évolution. Le fait de réaliser qu’il me reste peu de temps, me force à regarder en face ce que je souhaite faire du reste de ma vie. La perte de mon autonomie a peut-être aussi accéléré les choses.

Voici concrètement ce que la maladie a changé chez moi :

• je savoure pleinement chaque moment, chaque petit bonheur. Je prends mon temps.

• je prends conscience de mon empreinte sur cette terre (vision plus large de la vie). La conviction profonde que la vie et que mon corps m’ont amenée là où je dois être.

• je priorise les liens que je tisse avec les gens. Je prône l’harmonie avec moi-même et ceux qui m’entourent. Le temps partagé avec ceux qu’on aime est inestimable.

• j’éprouve une plus grande gratitude. Je prends conscience que ce que je possède est plus important que ce que j’ai perdu ou ce que je désire.

• je suis plus sensible à tout. Mes émotions semblent amplifiées face aux autres et à leurs malheurs.

• je fais davantage confiance et je lâche prise.

Voici mes petits trucs pour rester positive :

• Savourer chaque jour le fait d’être en vie.

• Mettre l’emphase sur ce que je peux encore faire.

• Constamment avoir des projets en tête, même s’ils ne se réaliseront peut-être pas tous. L’important c’est de rêver!

• Faire des choix pour moi-même et me ménager.

• M’entourer de personnes positives qui nourrissent mon âme.

• Être en contact avec la nature le plus souvent possible.

• Rire le plus possible.

• Laisser une belle empreinte de vie en faisant le bien autour de moi.

Le bien-être, pour moi, veut dire me sentir en paix et me réjouir du jour qui vient. Je pense qu’une multitude d’éléments sont contributifs de mon état de bonheur actuel. Pour en nommer quelques-uns : les expériences de vie, la maturité, la satisfaction de ma vie avant le diagnostic, la résilience, la connaissance de soi mais surtout le soutien de ma famille et de mes amis. Sans eux, je n’en serais sûrement pas là.

L’essentiel

C’est en écoutant Ginette Reno chanter l’Essentiel que je me suis dit que c’était, pour moi, l’une des chansons véhiculant les paroles les plus vraies qui soient. L’essentiel est d’être aimé, le reste importe peu….. S’il y a une chose que j’ai réalisée avec la maladie, c’est l’importance d’investir dans les liens du coeur. Je possède un réseau solide pouvant me soutenir dans les grandes tempêtes et ça fait toute une différence. Quand le vent décolle tes pieds du sol et que tu ne sais plus où sont tes repères, le secours d’une main tendue peut être salutaire et faire pencher la balance entre espoir et désespoir.

J’ai déjà lu que les gens qui investissent dans les expériences humaines et de vie sont davantage heureux que ceux qui investissent dans les biens matériels. J’y crois. Avec la maladie qui suit mes pas et la mort qui rôde, j’ai pris conscience que le seul vrai héritage à laisser en partant est le souvenir des moments chers que tu partages avec ton entourage. La manière dont tu peux les marquer positivement.

Je crois que nous nourrissons tous quatre dimensions au cours de notre vie. La première est notre corps que l’on aime souvent parer de beaux vêtements et bijoux. On a avantage à prendre soin de lui car il est le véhicule qui nous conduit, on l’espère, jusqu’à un âge avancé. La deuxième dimension sont nos possessions et biens matériels que nous chérissons et qui nous procurent une meilleure qualité de vie. Ces deux premières dimensions ne nous suivent pas après la mort. La troisième sont nos amis et notre famille. Nous leur faisons confiance et les aimons. Ils sont là pour nous soutenir dans les épreuves et tout comme les deux premières dimensions, ne nous suivent pas dans la mort mais nous accompagnent dans les derniers instants sur terre. La quatrième dimension est l’âme. Malheureusement, nous la négligeons souvent. C’est pourtant celle qui est la plus susceptible de nous suivre après la mort. Depuis que j’ai été diagnostiquée de la SLA, je passe davantage de temps avec moi-même, j’ai appris à méditer, je réfléchis à ma mission sur terre (spiritualité 101), j’essaie d’aller en profondeur plutôt que de ratisser large, je développe mon sens de la gratitude et je tente de laisser une empreinte positive auprès des miens. Namasté les amis.xxx

Indispensable, moi?

Avez-vous lu cet article paru dans Le Soleil du 04 mai dernier? Il raconte l’histoire de Sylvie, 51 ans, qui était constamment fatiguée mais qui ne voulait pas prendre du repos. Elle ne voulait pas s’absenter pour ses élèves. Sylvie a été emportée par un choc septique. À cause de la fatigue extrême, son système immunitaire était très affaibli. Il s’est écoulé 48 heures entre ses premiers symptômes et son décès. Triste nouvelle qui nous fait réfléchir au rythme trépidant auquel nos vies sont trop souvent confrontées. J’ai connu de nombreuses personnes qui, portées par l’ambition, la richesse, le succès, le désir de ne pas déplaire ou encore simplement la peur de créer une surcharge de travail aux confrères, passent à côté de l’essentiel. Elles roulent à cent soixante dans une zone de cent sur la grande autoroute de la vie. En roulant aussi vite, elles ne peuvent pas voir ce qui les entoure. Les petits détails qui viennent seulement en s’arrêtant et en respirant un grand coup. Vous savez, ceux qui font du bien en dedans quand on prend le temps de prendre le temps?

Vous savez que la maladie m’a forcée à ralentir. De lapin pressé je suis devenu une tortue contemplative. Évidemment cela m’a été pénible, surtout les premiers temps. Je capotais ma vie comme disent les jeunes! Moi, femme d’affaires ultra performante, je me retrouve en fauteuil roulant et confinée dans un corps de plus en plus immobile. J’ai dû me redéfinir afin de survivre à ce malheur et accepter que les choses ne se feraient plus à la vitesse grand V. Aujourd’hui, lorsque je rencontre mes amies qui sont encore sur le marché du travail, je trouve qu’elles parlent vite et fort, qu’elles ont le souffle court, que leurs mouvements sont rapides et que parfois elles m’étourdissent. Je leur dis souvent de respirer, de se calmer et je leur verse un verre de vin (plutôt mon Jocelyn car moi je ne peux plus le faire!). C’est fou mais il faut en sortir pour réaliser l’impact qu’a sur notre corps, le rythme fou du métro-boulot-enfants-ménage-obligations. Nous vivons dans une société performante et nous voulons tous agir en super héros. Bien souvent, nous perdons notre vie à vouloir la gagner! Je vous invite à définir quelle proportion le stress prend dans votre vie ainsi que des moyens que vous vous imposez pour y échapper. Mark Twain, célèbre écrivain, a dit : Chaque fois que vous vous trouvez du côté de la majorité, il est temps de vous arrêter et de réfléchir. Quand la vie vous pousse et que vous avez l’impression de perdre pied, n’attendez surtout pas, comme moi, que votre corps vous dise que vous avez besoin d’une pause. Vous n’êtes pas indispensable croyez-moi!