Toute chose arrive pour une raison et autres mensonges que j’aime

 

Aujourd’hui, j’aimerais vous parler de Kate Bowler. J’ai écouté sa conférence sur TEDMED. Elle l’a faite en 2018 et l’a intitulée « Toute chose arrive pour une raison »– et autres mensonges que j’aime.

Kate est historienne et une experte dans le christianisme. Elle a commencé à s’intéresser à la théologie lorsqu’elle avait environ 18 ans. À 25 ans, elle voyageait déjà dans tout le pays pour interviewer des célèbres pasteurs. Elle a passé dix ans à discuter avec des télé-évangélistes qui offraient des garanties spirituelles en échange d’argent divin. Elle a aussi interviewé des pasteurs de « méga églises », à la chevelure flamboyante, leur demandant comment ils vivaient leur vie. Toujours en quête de spiritualité, elle a visité des gens dans les salles d’attente des hôpitaux, elle a tenu la main de personnes en chaise roulante, priant pour leur guérison. À chaque fois qu’elle était en vacances familiales, elle avait la réputation de « gâcheuse de vacances » car elle insistait systématiquement pour visiter chaque église de la ville. S’il y avait un sanctuaire, une retraite spirituelle, chapelle, cathédrale; elle y allait.

Kate aime étudier l’aspect du christianisme qui stipule que: les bonnes choses arrivent aux gens bien. Elle s’intéresse notamment à la promesse audacieuse que Dieu souhaite notre prospérité. Le concept est principalement  fondé sur la  prémisse que lorsqu’on est bon et fidèle, Dieu nous procure santé, richesse et un bonheur sans bornes. La vie est comme un boomerang : quand on est bon, des bonnes choses nous arrivent en rétribution.

Elle ne s’est jamais considérée comme membre de leur communauté. Nullement adepte de cette doctrine, elle ne participait seulement qu’à titre d’observatrice pour ses recherches.

Il y a de ces nouvelles médicales que personne, absolument personne, n’est prêt à entendre. En 2015, Kate a reçu un appel pour lui annoncer les résultats d’un scan. Elle avait 35 ans et vivait enfin la vie dont elle avait toujours rêvé. Elle avait épousé son amoureux du lycée et ils avaient un fils d’un an, Zach. Elle avait décroché un travail qu’elle convoitait depuis longtemps.

En effet, quelques mois auparavant, Kate avait ressenti une douleur à l’estomac. Elle avait consulté des spécialistes à ce sujet. Personne ne comprenait. Et puis, son médecin l’a appelée pour lui annoncer qu’elle avait un cancer de stade IV et qu’elle devait être hospitalisée immédiatement. Elle ne pensait qu’à une seule chose : « Mais j’ai un fils. Je ne peux pas mourir. Mon monde ne peut pas se terminer. Il vient à peine de commencer. » Elle a dit à son mari : « Je t’aime depuis toujours. Je suis tellement désolée. Prends soin de notre fils. »

Consciente de son diagnostic plus que jamais, sa réflexion grandissait. « Pourquoi moi? Pourquoi la vie me laissait-elle tomber? Mon travail, ma personnalité, mon humour, ma vision de la vie, tout ce en quoi je croyais, ne pourront pas me sauver ».

Elle réalisait que nous sommes tous à une respiration d’un problème susceptible de détruire quelque chose d’irremplaçable ou de changer notre vie complètement.

Quelques mois après son diagnostic , Kate a écrit un article sur ce sujet au New York Times. Elle a reçu des milliers des lettres et de courriels.  Ses questions en sont à l’origine car elle demandait aux lecteurs: « Comment vivre quand des choses injustes nous arrivent?». «Les gens méritent-ils ce qui leur arrive? ».

Mais comment ont réagi ces milliers de lecteurs? Ils ont défendu l’idée qu’il doit y avoir une bonne raison justifiant ce qui lui arrivait. Certains ont émis le fait que son cancer fait partie d’un grand plan. Certains messages ont même suggéré que c’était la volonté de l’univers afin qu’elle aide son prochain en écrivant sur son cancer. D’autres étaient convaincus que sa volonté était mise à l’épreuve, ou que c’était plutôt la preuve qu’elle avait commis un acte terrible. Ils voulaient qu’elle sache, sans l’ombre d’un doute, qu’il y avait une logique cachée dans ce chaos. Ils disaient à son mari, alors qu’elle est encore hospitalisée, que tout arrive pour une raison, mais ils perdaient leurs mots quand son mari leur répondait qu’il aimerait bien connaître cette raison, qu’il aimerait savoir pourquoi sa femme est en train de mourir.

« Je les comprends. Nous voulons tous des raisons. Nous voulons des formules pour prédire si notre travail portera des fruits, si notre amour et nos encouragements rendront toujours nos conjoints heureux ou si nos enfants nous aiment. Nous voulons vivre dans un monde où pas un milligramme de notre travail, de notre douleur et de nos espoirs ne seront vains. Nous voulons vivre dans un monde où rien ne se perd ».

Mais ce que Kate a appris en vivant avec un cancer en stade IV, c’est qu’il n’y a pas de corrélation évidente entre nos efforts et notre longévité. En réalité, aucune garantie n’est offerte parce que nous avons été bons. Une des choses que Kate a pu toutefois attester c’est l’amour de ses proches. Elle a ressenti tant d’amour, un amour tellement grand, un amour qu’elle ne peut pas décrire. Une fois acquise la certitude qu’elle allait mourir, elle ne se sentait pas en colère. Elle se sentait aimée. C’est d’ailleurs une des choses les plus surréalistes qu’elle ait jamais ressentie. Alors qu’elle aurait dû se sentir délaissée par la vie, elle avait l’impression de flotter. Elle flottait sur l’amour et les pensées de tous ceux qui s’affairaient autour d’elle comme des abeilles, apportant des messages d’encouragement, des chaussettes, des fleurs et des couettes brodées. Quand ils s’asseyaient à son chevet, et lui tenaient la main, sa propre souffrance lui permettait d’accéder à celle des autres. Elle pénétrait dans un monde de personnes faites comme elle, de personnes qui trébuchent sur leurs rêves et sur les aléas de la vie. C’était en quelque sorte, le sentiment d’être reliée les uns aux autres.

Aujourd’hui, Kate va plutôt bien. Le traitement d’immunothérapie qu’elle subit semble efficace. Elle vit en fonction des résultats des scans. Elle espère pouvoir vivre longtemps. Elle apprend surtout à vivre et à aimer sans raison ou garantie.

Parfois la vie brise nos cœurs, elle peut dérober tout ce qui nous est cher, tous nos espoirs. Je crois que même dans l’obscurité, la beauté et l’amour existent. Nous sommes tous témoins d’un monde secoué par des événements merveilleux et terribles, sublimes et tragiques. C’est impossible de réconcilier cette contradiction. Ces opposés ne s’annulent pas. La vie est tellement belle, la vie est tellement difficile, la vie est ce qu’elle est; ni plus, ni moins.

Chantal Lanthier

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Une réponse sur « Toute chose arrive pour une raison et autres mensonges que j’aime »

  1. Merci Chantal! Quelle belle histoire à faire réfléchir longtemps et souvent surtout-
    Je te souhaite une belle semaine à venir – et souhaitons que ce soit un petit peu moins humide! mdr ! Amitiés Gigi

    J’aime

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