


Une femme se rend à son travail. Elle est prise dans les embouteillages. Exaspérée, elle sera visiblement en retard. Son travail est ennuyeux mais il faut bien qu’elle mette du beurre sur son pain.
Lorsqu’elle parvient à l’autoroute, elle constate ce qui cause ce blocage de la circulation ; c’est un accident. Cela a dû cogner fort car l’ambulance est présente ainsi que les pompiers. Alors qu’elle parvient à la hauteur du crash, elle s’aperçoit qu’un corps git par terre recouvert d’une bâche. Elle fait le reste du trajet dans un état de confusion. Elle ne peut s’empêcher de se dire que ça pourrait lui arriver à elle-même d’être étendue sur l’asphalte, morte.
En arrivant au bureau, le mouvement des employés attire son attention. Un détail inattendu dans sa routine pourtant si familière. Ce détail lui paraît extrêmement important, mais elle ignore pourquoi.
Cette étrange vision la sort du mode pilote automatique qui l’a conduit jusqu’ici à vivre sa vie. Elle prend soudainement conscience, pour la première fois, de la complexité et de l’intérêt du lieu où elle travaille et s’arrête pour l’observer.
Autour d’elle des dizaines de personnes distinctes passent, chacune étant unique, animée par une motivation personnelle invisible. Le fax se fait entendre ainsi que les conversations, la musique retentit à la radio, le commis distribue le courrier tandis que la machine à café fait ses borborygmes. Pour elle, la scène est un miracle car elle la voit maintenant pour vrai dans l’infini détail.
Ce scénario est peut-être fictif ou pas. L’histoire ne le dit pas. Lorsqu’on voit la mort de proche, on se rattache beaucoup à la vie. C’est ce que la maladie a fait de moi. Amplifier les détails et mettre en évidence l’essentiel.
Chaque matin, je suis émerveillée de découvrir qu’une nouvelle journée m’attend. Chaque repas, chaque appel téléphonique, chaque invitation me semble un cadeau. J’éprouve de la gratitude malgré mes problèmes. Je vis désormais avec la conscience que mon temps est compté sur cette terre.
Ma capacité à respirer, voir, ressentir et faire des choix m’apparaît désormais comme un statut dont je peux jouir librement, mais qui peut être révoqué à tout moment sans explication. J’espère ne jamais perdre ce sentiment que ma vie est essentiellement un bonus, constitué uniquement de temps emprunté depuis le début. Cette perspective me permet d’aborder plus facilement les problèmes que je vis, de vivre en paix et légèreté.
Cette perspective du « je pourrais être morte » n’est pas un exercice de pensée abstrait ou sentimental. Au contraire, cela m’apparaît comme une vision réaliste de nos vies dans laquelle le destin s’amuse à jouer de façon désinvolte. Un jour nous sommes présents, vivants et l’autre nous n’existons plus. Personnellement, ça me fait réfléchir à ce que je souhaite faire et léguer aux autres.


Chantal Lanthier
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