Quand la lumière intérieure vacille

Quand j’écris, je tente d’être le plus honnête possible afin de refléter le quotidien d’une personne atteinte de la SLA. À la lecture de mes chroniques, vous constatez assurément que je me livre sans réelle pudeur. Je tente de ne pas me censurer et de partager avec vous les vraies émotions qui m’habitent.

Depuis quelques semaines, je ne vais pas bien physiquement et moralement. Je cherche les raisons de cette dégringolade mais en vain. J’ai déjà connu de nombreuses périodes de perte physique qui m’ont affectée psychologiquement mais jamais autant que maintenant. L’éventualité de perdre mes mains me fait frémir au plus haut point. J’ai peur. Peur de perdre mon unique moyen de communiquer fluidement avec mon entourage. L’écriture est un médium me permettant d’exprimer mes états d’âme. Sans elle, j’ai peur de mourir à petit feu; d’imploser. Évidemment, j’ai pris les devants pour palier à l’incapacité de mes mains. J’ai essayé un nouveau logiciel muni d’une caméra à infrarouge permettant d’écrire avec mes yeux. Il s’agit du Skyle qui a été mis sur le marché pendant la pandémie. La compagnie Bridges en Ontario me l’a gentiment prêté pour 2 semaines pour en faire l’essai. Ce logiciel me permet de travailler avec un interface Apple. Ce petit engin ne se donne toutefois pas. 5000 dollars pour rester en communication. Je vous en donnerai des nouvelles.

Mon amie Julie s’est aperçue que je n’allais pas bien. Elle a toujours su lire en moi (mieux que moi-même parfois!). Elle m’a écrit suite à une activité que nous avions eu ensemble en septembre. «Songes-tu à l’aide médicale à mourir?». «Me semble que tu files pas bien». «J’ai eu un drôle de feeling aujourd’hui». Je la rassure aussitôt pour lui dire que je n’en suis pas là mais que je ne vais pas bien. Quand je constate que mes capacités et mon endurance diminuent, c’est difficile. J’ai toujours été dans la communication avec amis et famille mais la tenue de ces rencontres est actuellement impossible avec la pandémie. Le risque est trop grand.

J’ai parfois l’impression que la vie se déroule parallèlement à moi. J’ai l’impression d’être spectatrice, assise dans les estrades, pendant que la vie passe devant moi à toute vitesse. J’ai tellement le sentiment de ne plus être dans le coup. Je contemple la vie sans la goûter comme je le souhaiterais; ça devient frustrant! C’est un peu comme le supplice de la goutte d’eau. Je ne prends plus autant de plaisir aux activités auxquelles je participe. Mis à part les mois qui ont suivi le diagnostic, cela ne m’était jamais arrivé.

Pourquoi est-ce différent pour moi maintenant? Pourquoi mon moral d’acier me fait-il défaut cette fois-ci? Peut-être parce que le vrai sentiment d’être prisonnière de mon corps prend vraiment toute sa signification maintenant avec la perte de mes mains. Peut-être est-ce aussi causé par tous mes amis décédés de la SLA durant l’été ou peut-être parce que la Floride me sera interdite cet hiver. Est-ce dû au fait que je n’ai aucun projet devant moi à cause de la pandémie? L’arrivée du temps froid ou les conséquences du déménagement? Tous ces facteurs sont forts possiblement à l’origine de ma déprime. Pour l’instant, je n’ai qu’une motivation: me préserver. Je n’ai qu’une seule envie: ne voir personne (ça tombe bien, le confinement). Je pleure pour rien. Il faut que ça sorte ces émotions-là! L’autre jour, Jocelyn place mal l’urinoir (pour me permettre de faire pipi tout en restant dans mon fauteuil et ainsi éviter un transfert à la toilette), et voilà que je fais pipi sur mon coussin de fauteuil. Constatant ce gâchis, je me mets à pleurer ma vie sans pouvoir m’arrêter. Voilà où j’en suis! Tellement vulnérable!

Il n’est vraiment pas facile de vivre avec la SLA. C’est un périple qui te fait réaliser combien la santé est importante. Même si ma flamme intérieure vacille fortement en ce moment, je sais que je vais éventuellement rebondir. Tout n’est pas noir ou blanc. Il y a parfois du gris dans notre dessein de vie. Des nuances, des couleurs, du noir pour les jours plus sombres mais aussi du jaune pétillant pour les plus ensoleillés. Notre toile de vie est ce que nous décidons d’en faire.

« Mieux vaut dépasser en coloriant que de toujours dessiner en noir et blanc » – Julie Snyder

PS : ce texte a été rédigé il y a 6 semaines et je vais beaucoup mieux moralement.

Chantal Lanthier

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Croire : source d’espoir

Norman MacIsaac et moi partageons le même combat. Diagnostiqué de la SLA en 2014, il est un fervent militant pour l’accès aux traitements/médicaments auprès du gouvernement canadien et défenseur des personnes atteintes. Il siège sur différents comités afin de sensibiliser les parlementaires aux réalités que les personnes atteintes vivent au quotidien. Il fait également des représentations auprès de Santé Canada pour rendre accessible la médication de d’autres pays. Auteur, grand voyageur, il tient un blog qui s’appelle « More-than-ALS » en plus de siéger sur le conseil d’administration de la Société de la SLA du Québec.

Depuis quelques mois, il travaille sur un projet. Il voudrait surtout que le gouvernement honore sa promesse faite aux Canadiens et Canadiennes en 2016 :

« Que, compte tenu du décès de plus de 1 000 Canadiens chaque année, y compris la disparition tragique de l’honorable Mauril Bélanger, ancien député d’Ottawa—Vanier, le 16 août 2016, en conséquence de la sclérose latérale amyotrophique (SLA), la Chambre :  a) réitère son souhait et son engagement à lutter contre la SLA, en collaboration avec les intervenants des provinces et des territoires, grâce à la recherche et la sensibilisation.   b) demande au gouvernement d’accroître le financement de la recherche sur la SLA et d’augmenter substantiellement les efforts déployés au niveau national pour l’élaboration et le lancement d’une stratégie globale visant à faciliter l’éradication de la SLA, et ce, le plus tôt possible ».

Actuellement, le problème réside dans le fait que Santé Canada doit d’abord approuver tous les nouveaux médicaments d’essais cliniques. Ensuite, il y a une série de comités d’étude et de négociations avant que chaque province procède à leur inscription et détermine leur prix en fonction de différents critères. Ce processus est long et il n’est pas rare que cela prenne 18 mois (voire 36) avant de rendre le médicament accessible. Ces retards privent les Canadiens de l’accès aux traitements en plus de réduire le pouvoir de négociation sur le prix car chacune des provinces doit le faire individuellement. Cela se traduit donc par de longs délais, un processus inégal dans chaque province, et un pouvoir de négociation réduit pour le Canada.

Cette pétition demande au ministre de la Santé de créer un projet pilote (en collaboration avec les intervenants nationaux, provinciaux et territoriaux) afin de raccourcir cette période à 3-6 mois. Ceci est encore long lorsque vous avez une maladie terminale, mais au moins, cela signifie que la plupart des personnes atteintes de la SLA auront une chance d’accéder aux nouveaux traitements. L’initiative, si approuvée, permettrait aux médicaments d’être examinés et leurs prix négociés par une seule entité, plutôt que de passer par des analyses et des négociations fragmentées. Ce faisant, les Canadiens pourraient accéder à de nouveaux traitements plus rapidement et plus équitablement, tandis qu’un plus grand pouvoir de négociation réduirait les coûts pour le système de santé.

Le contexte actuel fait de la SLA la candidate idéale pour un projet pilote en raison des récentes innovations dans le pipeline pharmaceutique, qui place la SLA à un stade critique. Le Ice Bucket Challenge a déclenché une vague d’études et d’investissements privés et publics dans la recherche d’un remède. Six ans après cette campagne de collecte de fonds virale, il y a au moins 90 traitements en essais cliniques, dont plusieurs se termineront par des essais de phase III et seront soumis à une demande d’ approbation en 2021.

Malheureusement, la lenteur actuelle du processus d’approbation et de remboursement des nouveaux médicaments fait en sorte que les patients atteints de SLA d’aujourd’hui, et des milliers d’autres, mourront simplement en souhaitant avoir accès aux merveilles médicales vantées dans les médias. C’est pourquoi un projet pilote est nécessaire pour accélérer l’accès en simplifiant les procédures d’évaluation supplémentaires et les négociations sur les prix.

90% des cas de SLA sont sporadiques, ce qui veut dire que n’importe qui peut développer cette maladie. Il est temps d’agir. Si vous connaissez quelqu’un dans votre vie qui est atteint de la SLA ou si vous avez perdu un être cher de la SLA, s’il vous plaît, prenez quelques minutes pour signer et partager la pétition. Vous pouvez faire la différence.

C’est l’espoir qui fait de nous ce que nous sommes. C’est l’espoir qui a fait que de gens ont voyagé vers la lune et marché parmi les étoiles. Suite à ces conquêtes, nous pouvons prendre place aux côtés de gens capables d’en inspirer d’autres à guérir le cancer ou la SLA, à mettre fin aux guerres et à changer les choses que nous aimerions changer dans ce monde; ce monde dans lequel nous sommes confrontés à l’adversité. Le fait de garder espoir, d’entrevoir une possibilité de réussir, nous suffit à continuer d’aller de l’avant. Je sais que nous avons toute la communauté derrière nous. Ensemble, on est plus forts!

De grâce, signez et partagez le plus possible!

Je pense qu’avec l’aide de tout mon réseau, je peux facilement amasser au moins 1500 signatures. Allez la gang! Je compte sur vous!

Cliquez ici pour signer la pétition : https://petitions.noscommunes.ca/fr/Petition/Details?Petition=e-2971

Chantal Lanthier

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