Je déteste l’hiver

Photo de Radio Canada

D’aussi loin que je me souvienne, je n’ai jamais aimé l’hiver. Plus jeune, je détestais pratiquer les sports hivernaux et je rechignais toujours à mettre mes salopettes, mes bottes et tout l’attirail qui incombe aux temps froids. Même lorsqu’il y avait congé d’école pour cause de tempête, je ne sortais pas dehors. Ne vous méprenez pas, j’adore admirer ses paysages magnifiques, j’adore quand il neige, j’aime la lumière qu’apporte l’hiver et la chute indolente des flocons inoffensifs qui forment un beau manteau blanc…. mais aussi loin que possible, bien campée à l’intérieur.

Cette année, nous avons décidé de ne pas aller en Floride. De multiples raisons ont justifié notre choix de ne pas nous y rendre. Pour n’en nommer que quelques-unes : les frasques du Président Trump, le taux de change entre le dollar canadien et américain. Le soleil va me manquer terriblement ainsi que la famille et les amis qu’on recevait là-bas. Je vais également m’ennuyer du sentiment de liberté qui m’habitait et de toutes les sorties qu’on y faisait.

Depuis que j’ai la SLA, j’aime encore moins l’hiver. Dès que l’automne s’installe, je ne peux m’empêcher de penser que le froid sera là pour les six prochains mois. Jocelyn a déjà rangé les choses sur le balcon du condo et je me sens prise au piège dans ma demeure. Ça prend une bonne dose de courage aux personnes atteintes de la SLA pour affronter les intempéries de dame nature. Au froid, je deviens un bloc d’acier. Mes muscles deviennent raides, en hyper-extension et je ne peux plus les déplier. Imaginez le scénario!  Je ne peux plus manipuler mon fauteuil, on ne peut plus me dévêtir et mes jambes refusent carrément de se déplier pour me permettre d’entrer adéquatement dans la camionnette. De plus j’ai toujours froid. C’est ça quand on ne bouge pas assez. Mon amour, mon patenteux, m’a installé des semelles et un dossier chauffants branchés sur la batterie de mon fauteuil roulant. Par chance que je l’ai mon super héros!

Mettre manteau, tuque et bottes n’est pas tâche facile pour Jocelyn qui doit m’habiller. Je comprends maintenant les jeunes enfants qui marmonnent lorsqu’on les habille. Maudit que j’HAIS ça! « J’ai chaud, ça me serre !  « Je suis pire qu’un enfant ». Pas patiente la madame! Manœuvrer le fauteuil roulant dans la neige n’est pas évident. On compte de nombreux endroits non déneigés où, je ne peux, malheureusement, pas me rendre. Le fauteuil laisse des traces sur mon plancher astiqué et on peut me suivre partout dans la maison, tel le petit poucet. Vous comprendrez donc que je choisis méticuleusement mes sorties lorsqu’il fait froid. Le cocooning devient mon choix premier et ce n’est pas parce que je suis anti-sociale. Vous voulez me voir, venez à la maison! J’hiverne!

Juste de penser aux mois d’encabanement à venir, je suis découragée et moi, ça m’en prend pour me décourager. Entretemps, je m’installe à la fenêtre bercée par le soleil chaud et il ne me reste plus qu’à attendre vivement l’arrivée du printemps.

Chantal Lanthier

**** Si vous aimez mes chroniques, abonnez-vous! C’est simple, vous n’avez qu’à entrer votre adresse courriel dans la section noire au bas de cette page*** 

Laisser un commentaire